La Maison TrocardA Saint-Émilion, entre la magnifique église collégiale et la maison gothique (maison des Templiers), se trouve une demeure du XVIIe siècle appelée la Maison Bouquey. Dans le jardin de cette maison, un puits de dix mètres de profondeur débouche sur une grande galerie souterraine, qui fut habitée par les Gaulois, et peut-être même aux temps préhistoriques. A l'extrémité de cette galerie, un orifice étroit, aujourd'hui comblé, menait à une petite grotte où n'entrait qu'un air raréfié.

         La Maison Bouquey     La Maison Bouquey

C'est dans cette grotte que trouvèrent asile, en 1795, les derniers chefs du parti des Girondins, frappés de proscription par la Convention qui leur reprochait d'avoir cherché à sauver Louis XVI, d'être complices de la trahison du général Dumouriez, passé à l'ennemi, et enfin de s'être opposé à la taxation des prix des denrées.

Puits et chambre des Girondins

Ils étaient sept : à leur tête Elie Guadet, enfant de Saint-Émilion qui comptait des appuis dans sa ville natale, puis Petion, Buzot, Salle, Louvet, Valady et Barbaroux.
C'est la propriétaire de la maison, Thérès Bouquey, plus tard surnommée "l'héroïne de la Gironde", qui avait eu l'idée de cette cachette où Barbaroux et Louvet trouvèrent le moyen de commencer à écrire leurs mémoires.

Portrait de Madame BouqueyProbablement dénoncés par l'époux et la servante de leur hôtesse, les Girondins durent quitter la grotte en toute hâte en juin 1794.

Guadet avait trouvé refuge dans la maison de son père qu'on peut toujours visiter au nord de la ville. Découvert dans une soupente en compagnie de Salle, il fut guillotiné avec celui-ci le 19 juin à Bordeaux. Il fit, avant de mourir, un discours de style romain : «Bourreaux, faites votre office. Allez, ma tête à la main, demander votre salaire aux tyrans de ma patrie. Ils ne la virent jamais sans pâlir ; en la voyant abattue, ils pâliront encore».

Les cinq autres errèrent dans la campagne, traqués par les envoyés de la Convention. Rejoint, Barbaroux se tira un coup de pistolet, ne fit que se blesser et fut exécuté le 25 juin à Bordeaux. Petion et Buzot se donnèrent la mort à Saint-Magne, près de Castillon. On retrouva leurs corps dans un champ qui a gardé le nom de champ des Emigrés.

Seul Valady réussit à s'échapper.