Pendant la guerre de 1870, Renoir, mobilisé, est envoyé à Libourne.
Le moins qu'on puisse en dire, c'est qu'il n'en a pas gardé un souvenir fameux. Voici ce qu'il écrit (1), de son style épistolaire habituel, c'est-à-dire à demi-incohérent et passablement grossier, quoique plein d'humour:

Pierre Auguste RENOIR« ... J'ai pas été heureux pendant quatre mois quand je me suis senti sans lettre de Paris. J'ai été pris par un em ... dement (2) si profond, impossible de manger et de dormir. Enfin, je me suis payé la dysenterie et j'ai failli claquer sans mon oncle qui est venu me chercher à Libourne et m'a emmené à Bordeaux. Là ça m'a rappelé un peu Paris, et puis j'ai vu autre chose que des militaires, ce qui m'a remis vite. Et ce qui m'a fait voir comme j'étais malade, ça a été de voir les camarades. Quand ils m'ont vu revenir ils étaient épatés. Ils me considéraient comme mort, et du reste on y était habitué, surtout pour les Parisiens. Il y en a une grande quantité qui repose à l'ombre dans le cimetière de Libourne. C'était très curieux. On était la veille chez le marchand de vin. Le lendemain, vous voyez un garçon qui ne parle plus à personne. Il va à la visite se faire porter malade. Le médecin le flanque à la porte. Le lendemain, il a le délire et il se met à rigoler et à embrasser sa famille. Le surlendemain, il n'y a plus personne. Et à ce qu'il paraît que si mon tonton n'était venu, ce qui m'a changé, je faisais la même chose ... »

(1) Henri PERRUCHOT : La vie de Renoir, Hachette, 1964, p.72 (Lettre à Ch. Le Cœur du 1er mars 1871, publiée dans le Burlington-Magazine, sept.-oct. 1959).
(2) En toutes lettres dans le texte !

Extrait de la Revue Hist. Et Arch. Du Libournais de 1975 à 76 p.61