La Vierge aux grandes mains
de l’église Saint-Thomas

Ave Maria, gratia plena ...

PROVENANCE

La Sainte-Épine: épine de la couronne du Christ donné par Charlemagne à l'Église Saint-Thomas (visible à l'Église Saint-Jean le jour du Patrimoine)Une tradition constante rapportée par les plus anciens historiens libournais, Decazes (1), Souffrain (2), Guinodie (3), et, plus récemment, par l'abbé Lewden (4), attribue à l'église Saint-Thomas une fondation extrêmement ancienne. Selon ces auteurs, l’église primitive de Libourne, Saint-Thomas existait déjà en 769. A cette date, en effet, Charlemagne, au cours de la lutte qu'il soutint contre Hunald, duc d'Aquitaine, aurait fait don à ladite église d'une des épines de la Couronne du Christ. Le vieux sanctuaire conserva cette relique insigne jusqu'au 5 avril 1609 (qui était le dimanche de la Passion) ­jour où la Sainte Epine fut transférée solennellement à l'église Saint-Jean, par le cardinal de Sourdis (5). A partir de ce moment, l'église Saint-Thomas ne joua plus qu'un rôle effacé dans l'histoire de Libourne. Malsaine à cause de sa trop grande humidité, elle tomba dans un tel état de délabrement qu'il entraîna son abandon. Supprimée le 14 août 1773 par un décret de Mgr de Rohan, archevêque de Bordeaux, définitivement désaffectée le 30 octobre 1790 par Mgr Champion de Cicé (6), elle fut alors transformée en halle aux grains et en magasin aux farines, devint théâtre en 1806, en attendant d'être complètement démolie en 1897-98 pour faire place à la halle en fer actuelle (7).

Vierge aux grandes mains de l'Eglise Saint-ThomasMais J. Royer, se basant précisément sur l'examen des fondations de l'église Saint-Thomas, lors de sa démolition, estime que le monument, qu'il qualifie de « gothique », ne remontait pas au delà du XIVème siècle. Située à un angle de la Grande Place, suivant le plan habituel des bastides que l'on retrouve à Monségur, Créon, Sauveterre, l'église aurait pu ainsi avoir été construite postérieurement à la fondation de la bastide et pour lui servir de principal édifice religieux (8). Mais, cela ne saurait être décisif, et l'église, au contraire, pouvait être antérieure à la fondation de la bastide dont la place centrale aurait été déterminée par la position même de cette église, à moins encore que celle-ci n'ait été élevée en même temps que la bastide et à la place d'un sanctuaire primitif. A l'appui de l'opinion de M. Royer, Ulysse Bigot précisait « qu'aucun vestige, plus ancien que le XIVème siècle n'y avait été découvert » (9). Bien que formulée d'une façon aussi catégorique, cette opinion nous semble devoir comporter quelque atténuation. Sans doute, s'agissait-il, dans la pensée de Bigot et de Royer, des vestiges du monument lui-même. Cependant, il existe un reste de l'église Saint-Thomas sous la forme d'une statue de la Vierge à l'Enfant, que sa facture et son symbolisme font apparaître comme fort archaïque. Cette statue, trouvée dans les fondements de l'église Saint-Thomas, au cours des travaux de démolition nécessitée par les transformations successives de l'édifice, avait été précieusement recueillie par Guinodie, l'historien de Libourne. Au mois de juillet 1926, Mlle Guinodie, sa fille, en fit don à Ulysse Bigot qui donna asile à la statue dans le bureau du 40 cours Tourny que connaissaient bien tous ceux qui, à la recherche d'une précision, d'un détail peu connu de l'histoire libournaise, ne se sont jamais adressés à notre ami en vain. En 1940, à la suite du décès d'Ulysse Bigot, ses neveux, Mme Jomini et M. Jean Bigot, ont offert cet émouvant témoin du passé de Libourne au Musée Archéologique de notre ville. Qu'ils reçoivent ici l'expression de notre vive reconnaissance.

Nous ne connaissions de l'église Saint-Thomas qu'un plan accompagné d'un dessin du monument en élévation et profil, datant l'un et l'autre de la seconde moitié du XVIIIème siècle, et une photographie du mur du chevet légèrement antérieure à la démolition de l'édifice. Ces trois documents ont été reproduits dans la Revue Libournaise, tomes I et II, en 1899 et 1900 (10). (voir ci-dessous)

Dessins Eglise Saint-Thomas

Plan Eglise Saint Thomas

On possède encore de l'église Saint-Thomas une cloche qui, déposée à l'Hôtel de Ville en 1790, fut remise à l'église des Récollets à la restauration du culte, après la Révolution. Lors de la démolition de la chapelle des Récollets, en 1930-33, cette cloche a été placée an Musée de Libourne, où elle se trouve actuellement. Elle porte une inscription que nul encore n’est parvenu à déchiffrer. La forme des lettres, suivant Burgade, indiquerait le milieu du XIIIème siècle, et, de fait, « plusieurs sommités archéologiques du département », consultées par cet historien, placent la fonte de cette cloche entre 1240 et 1260: ce serait ainsi la plus ancienne de la région (11). Cette date a son importance. En effet, ai cette cloche a été faite pour l'église Saint-Thomas et lui a toujours appartenu, cela ferait remonter l'église non au XIVème, mais au milieu du XIIIème siècle au moins, et elle serait bien ainsi contemporaine de la fondation de la bastide (1270), sinon même antérieure. Or, cette date est également la plus probable que l'on puisse assigner à la sculpture que nous nous proposons d'étudier dans ce mémoire ; on avouera que la coïncidence est trop curieuse pour ne pas être remarquée. La statue de la Vierge aux grandes mains de l'église Saint-Thomas est d'ailleurs le seul souvenir lapidaire qui nous soit parvenu de cette antique église (12), peut-être la plus ancienne de Libourne. Combien émouvante, cette modeste pierre, par toute la lointaine histoire qu'elle permet d'évoquer! C'est une grande part de son intérêt, ce n'est pas la seule.

Je n'étalerais pas plus cette étude sur mon blog car le but de cet article est plutôt basé sur l'histoire de l'Eglise de Saint-Thomas, mais vous pouvez la télécharger en cliquant su le lien suivant: Etude complète de la statue de la Vierge aux grandes mains. J'en arrive directement à la conclusion suivante:

Est-il possible maintenant à l'aide de cette statue de trancher la question toujours débattue, de la date de l'église Saint-Thomas ? Non, bien sûr, nous ne pensons pas que l'on puisse reconstruire, par la pensée, cette antique église avec cette seule statue. De ce que cette sculpture (même si elle était romane) provient de l'église Saint-Thomas, on ne peut conclure, en effet, que l'église Saint-Thomas était une église romane: une église du XIVème siècle peut bien renfermer une statue du XIIème, comme une église du XIIème peut contenir une sculpture postérieure. Tout ce que l'on peut dire, c'est que Libourne existait avant le XIIème siècle et devait donc posséder une église ou une chapelle romane à laquelle a fort bien pu se superposer par la suite une église de style ogival. Dans ce cas, les murs de fondation auraient été romans et c'est sur ceux-ci que l'église Saint-Thomas aurait été reconstruite au XIVème siècle, d'après la formule du gothique flamboyant alors en vogue. Les fragments de sculpture découverts au cours des fouilles, les dessins du monument qui, plus heureux que lui, nous ont été conservés, attestent bien le XIVème siècle (45), mais sont impuissants à nous dire si un édifice antérieur a ou non existé. La statue de la Vierge à l'Enfant ne le permet pas davantage. Tout au plus, est-il possible d’apporter une certaine réserve à ce qu'un jugement superficiel comportait de trop absolu, en conjecturant que l'origine de l'église Saint-Thomas peut bien être plus ancienne que d'aucuns l'ont crû.

Enfin, quant à la destination de la statue orle la Vierge aux grandes mains de l'église Saint-Thomas, il paraît évident que ce n'était pas une statue « de majesté » faite pour être mise à la place d'honneur dans le sanctuaire ou au portail de l'église, objet de la vénération des fidèles, comme les admirables Vierges du XIIème et du XIIIème siècle dont nous avons parlé. L'absence de toute Sculpture au dos de cette statue, nettement équarri ainsi que les côtés, tout indique clairement que ce groupe ne devait pas être vu par derrière; il devait être encastré dans un mur, peut-être rapporté au-dessus d'une porte, par exemple. Mais nous serions plutôt enclin à y voir un simple ex-veto commandé et exécuté dans le dernier quart du XIIIème siècle par des éléments populaires Libournais et, à ce titre, cette statue vaut mieux qu'une simple curiosité archéologique; elle mérite un peu de notre affection, j'allais dire de notre amour.

Terminé en la Fête de l'Assomption.
Libourne, le 15 Août 1945

Henry DE SARRAU.

PLAN DE L'ÉGLISE SAINT-THOMAS

Souffrain nous raconte que cette église aurait été bâtie en 496, que Charlemagne l'aurait visitée en 769, et lui aurait fait don d'un fragment de la Sainte Epine.
Presque tous les historiens postérieurs ont accueilli cette simple tradition, qu'aucun document, on le conçoit, n'est venu appuyer. Les fouilles faites ces jours passés nous permettent de dire que rien n'atteste une aussi ancienne origine. On n'a pas découvert un seul vestige d'un monument antérieur à celui dont nous donnons l'élévation et le plan, qui remontait lui-même au XIVème siècle.

Les fragments de clochetons, de fenêtres flamboyantes, de nervures d'arcs qu'on a trouvés dans les fondations du Théâtre nous en ont donné la confirmation. Aucune trace non plus du passage du ruisseau le Lour au-devant de l'église, dont parle Decazes (notes pour l'histoire de Libourne, 1763 ms).

Ainsi donc, comme nos plus anciens monuments libournais, l'Hôtel de Ville et les Cordeliers, l'église Saint- Thomas avait été bâtie au XIVème siècle. Libourne ne remonte guère plus haut, il n'y avait antérieurement qu'un petit groupe d'habitations autour de l'église Saint-Jean de Fozera, le Condat antique.

Extrait de le Revue Libournaise 1899

L'ÉGLISE SAINT-THOMAS DE LIBOURNE

Il y a quelques mois à peine, sous la pioche des démolisseurs, nous avons un instant entrevu les derniers vestiges de cette antique église paroissiale de Libourne. Dissimulées à droite et à gauche dans les dépendances du théâtre, existaient encore, en effet, deux chapelles voûtées; elles constituaient avec le grand mur de chevet les seules parties de l'ancien édifice que la construction du théâtre eut laissées debout. Aujourd'hui tout a disparu.

Ancien théatre

M. l'abbé Lewden en a donné une excellente monographie, très documentée, malheureusement trop modeste, puisqu'elle n'a été tirée que pour les amis de l'auteur. Comme nous ne saurions mieux, ni rien dire de plus que lui sur ce sujet, nous nous contentons de lui emprunter les quelques lignes qui suivent:

«  L'église Saint-Thomas était située vraisemblablement au centre de l'ancien Condat. Elle occupait l'emplacement du théâtre actuel (1897), ancien Athénée, dont le mur qui fait face à la rue Sainte-Catherine est d'ailleurs le mur de chevet primitif de l'église. Elle était composée d'une nef et de deux bas-côtés. L'entrée de la nef principale était précédée d'un tambour en pierre. Au-dessus de la porte s'élevait une sorte de campanile où il y avait trois cloches. Au-dessus du tambour, dans toute la largeur de la nef principale, était une tribune en bois, fermée sur le devant par des jalousies. On montait à cette tribune par un escalier tournant situé à côté de la porte d'entrée. Avec ses bas-côtés, l'église avait une largeur totale d'environ 18 mètres sur 34 à 35 mètres de long. Elle était éclairée par seize petites croisées qui ne donnaient que fort peu de jour, et comme le sol intérieur se trouvait en contre-bas de plus de 80 centimètres elle était très humide, au moins dans les bas-côtés. Désaffectée en 1790, elle fut transformée en magasin aux farines, puis en salle de spectacle en 1806. »

Extrait de la Revue Libournaise 1899 page 136-137

LIBOURNE L'ANCIEN THÉATRE

Ancien Théatre sur les traces de l'Eglise Saint-Thomas

(Vu de la rue Sainte-Catherine - Mur de chevet de l'ancienne église)

La Revue Libournaise a déjà publié, il y a quelques mois (1), en les accompagnants d’une courte notice, l’Elévation, le Profil et le Plan de l’ancienne église Saint-Thomas de Libourne.

Au moment où s'achève le bel édifice qui occupe aujourd'hui sa place, nous avons voulu donner un dernier souvenir au vieux monument disparu, en publiant une vue de la façade postérieure de l'ancien Théâtre. Cette vue, reproduite d'après une photographie qu'a bien voulu nous communiquer un obligeant photographe amateur de notre ville, M. H .... B ..... , sauvera de l'oubli la seule partie de l'antique église qui avait survécu à ses transformations successives: le mur de chevet.

On remarquera, en comparant cette vue avec les planches plus haut citées la parfaite concordance de nos documents. Le contrefort à l'angle de la sacristie de Saint-Clair, sur la rue Fonneuve (depuis rue Montesquieu), se voit encore, surmonté d'un ornement en pierre en forme de boule (?) ou d'un reste d'ancien pied de croix (?) Le couronnement primitif du pignon existe, en outre tout le long du mur, qui est resté dans son entier. On voit aussi les traces du contrefort qui prolongeait le mur de séparation entre cette sacristie de Saint-Clair et le sanctuaire de la grande nef, ainsi que le retrait de mur qui existait derrière la sacristie du Saint-Esprit (devenue en dernier lieu la cuisine du concierge du théâtre). (2).

La porte principale (celle de l'entrée des artistes), de même que la fenêtre placée dans son axe et l'oculus (ou ouverture circulaire) percé plus haut, avaient été pratiquées dans l'ogive, préalablement murée mais restée apparente dans la maçonnerie, qui se trouvait derrière le maître-autel; et sur la clé de la plate-bande (3) de la fenêtre, se lisait encore, au moment de la démolition, la date de 1791, qui est celle de la transformation de l'église en magasin aux farines. (4)

Naguère enfin, sur la petite place entre le Théâtre et la rue Sainte-Catherine, se tenaient, les jours de marché, les marchands charcutiers. Leurs bancs, qui y séjournaient souvent d'un marché à l'autre, comme le montre notre figure, rappelaient l'ancienne Craberie (5), établie autrefois à ce même endroit.

La démolition du Théâtre, décidée par le Conseil municipal dans sa séance du 11 décembre 1897, commença le 29 du même mois et fut terminée le 13 février suivant.

L'adjudication des travaux du marché qui devait le remplacer eut lieu le 4 mars 1898.

Dès le mois suivant, ces travaux commencèrent et le marché sera livré lorsque paraitront ces lignes (6). C'est un monument qui fait honneur à la fois à l'architecte et aux entrepreneurs.

(1) 1er année, planches hors texte, pp  137 et 153.
(2) Cette dernière avait conservé intactes ses belles voûtes ogivales.
(3) Cette pierre est conservée à la Mairie.
(4) Avant d'être à Saint-Thomas, le magasin aux farine, était dans la partie basse de l'Hôtel de Ville, dont le restant était affecté à l'Administration. En 1640, l'établissement du Présidial força la jurade il se concentrer dans la tour des Archives et dans une chambre située au rez-de-chaussée. Lorsqu'en 1736 l’Administration eut fuit l'acquisition de la maison l'Houmeau, elle plaça au bas, sur le derrière, le dépôt des farines, et le corps de garde devant. Les choses restèrent dans cet état jusqu'en 1791, que (sic) l'acquisition de l'église Saint-Thomas permit d'y établir le magasin aux farines. Il y demeura jusqu'en 1805, Où (sic) il fut transporté dans les écuries du roi (a). (Burgade, inventaire manuscrit des Archives, tome I).
(5) La Craberie, composée de 4 bancs, fut placée, postérieurement à 1459, à la place de la maison que l'on voit actuellement seule au l'oint de jonction de la Grande-Rue (b) et de la rue des Chais, au pied de la Tour du Grand Port. On n'y vendait que de la vache et de la chèvre (c), et les crabiers revendiquaient le droit exclusif de cette vente. On retrouve plus tard la Craberie derrière l'église Sault-Thomas. En 1771, la Halle des Bouchers, située auparavant devant la fontaine Fonneuve, y fut aussi transportée. En 1821, la halle située derrière le Théâtre a été enlevée. Il n'y eut plus dès lors de halles de boucherie dam la ville. (Burgade, loc. cit.).
(6) Renseignements dûs à M. Dupuis, le sympathique architecte de la Ville, qui eu la haute direction de ces travaux.
(a) Actuellement caserna des pompiers et école communale. La rue a pris dès lors le nom de rue du Marché-aux-Farines.
(b) Aujourd'hui rue Victor-Hugo.
(c) D’où son nom.

Extrait de le Revue Libournaise 1899-1900

Marché couvert Libourne Décembre 1986 - bulletin municipal