Extrait de Sud-Ouest 11/06/2010
http://www.sudouest.fr/2010/06/11/l-esog-est-a-vendre-114230-4626.php
Par jean-françois harribey

L'Esog est à vendre

La reconversion du site appartenant à l'État semble désormais dans l'impasse.

L'École des sous-officiers de gendarmerie (Esog), rayée des cartes de l'état-major des armées le 10 octobre 2008, avait déjà rendu son drapeau le 2 juillet dernier, après le défilé de la dernière promotion. Aujourd'hui, elle risque de perdre son âme.

Après avoir abrité durant près de 273 ans des corps régaliens de la nation, ses murs qui sont la fierté de la bastide sont désormais livrés à n'importe quel promoteur. L'État vient en effet de les mettre en vente sur son site www.budget.gouv.fr mis à jour le 3 juin dernier, au même titre que les 1 700 propriétés immobilières qu'il a en portefeuille.

Cette mise en ligne des bonnes affaires de l'État (40 000 mètres carrés de bâtiments à Libourne, sur 6,5 ha de terrain en plein centre-ville, estimés par France Domaines à plus de 25 millions d'euros) a de quoi choquer. La ville et son maire, Gilbert Mitterrand, espéraient en effet bénéficier d'une reconversion digne d'un site exceptionnel, conçue du moins en termes d'aménagement du territoire, comme s'y était engagée en 2008 Michèle Alliot-Marie, alors ministre de la Défense.

Hier soir, l'élu libournais dénonçait « le manquement à la parole donnée » et la « brutalité de la décision ». « Confier l'avenir de ce site à la loi du marché dans le cadre d'un vaste programme de vente à la découpe, au mépris de l'histoire, de la ville, de la cohérence urbaine et au mépris des Libournais, c'est inadmissible. Je ne serai pas complice de la décision d'un État qui n'a décidément aucun projet, aucune parole, ni aucune vision d'avenir pour notre territoire. Si l'État est à vendre, Libourne ne l'est pas », faisait-il savoir.

Affaire mal engagée

L'on sentait bien pourtant, dès le début, et ce bien avant les difficultés de l'État en proie aux déficits et aux rigueurs budgétaires, que l'affaire était bien mal engagée. Tout d'abord, la caserne a changé de tutelle en 2009 pour passer du ministère de la Défense à celui de l'Intérieur, ce qui l'excluait du dispositif Falco lié à la reconversion ou à la restructuration des sites militaires.

Il a fallu ensuite batailler ferme pour que le préfet Dominique Schmitt puisse affecter une enveloppe de 1,5 million d'euros en provenance de la Diact (Délégation interministérielle à l'aménagement et à la compétitivité des territoires) au seul bénéfice de l'Esog. Une enveloppe qui devait favoriser les études du comité de pilotage pour la reconversion du site, mais dont on est sans nouvelles depuis son installation officielle le 20 février dernier. Rien en effet n'a filtré des deux ou trois réunions qui se sont déroulées au fil des mois dans le plus grand secret. La presse y était interdite et les élus n'avaient pas le droit d'en dévoiler la teneur.

Force est de constater aujourd'hui qu'aucun projet n'a émergé de cet inquiétant huis clos. Les bruits de couloir faisaient état d'un transfert de la sous-préfecture abritée dans des locaux désuets, de l'extension du Cefil (centre de formation de l'Insee), de la reconstruction de l'école d'infirmières (Ifsi). Entre autres.

Comme d'une pépinière d'entreprises ou d'un centre de formation pour les ouvriers de la future ligne LGV Sud Europe Atlantique. Le transfert de la fête foraine des allées Tourny dans l'enceinte même de la cour d'honneur semblant anecdotique. Les cris du grand huit après les roulements de tambour…

Quant à l'idée d'un pôle républicain intégrant la formation de CRS, défendue par le député UMP Jean-Paul Garraud, elle a elle aussi, semble-t-il, bien du plomb dans l'aile. Tout en reconnaissant les soucis budgétaires de l'État, il affirmait hier soir son opposition à des projets purement immobiliers et sa volonté de poursuivre son combat pour une occupation du site digne de son histoire.
Gilbert Mitterrand

Prenez connaissance du communiqué de Gilbert Miterrand document.pdf
Source http://www.ville-libourne.fr/

Dans un document au titre évocateur - "Les ventes de l'Etat" - le gouvernement de Nicolas Sarkozy vient d'annoncer, sans concertation avec les collectivités territoriales, son intention de liquider le site de l'école de gendarmerie de Libourne parmi une liste de 1700 cessions immobilières au plan national.

La décision prise par le gouvernement confirme les crainte de la Ville de Libourne, exprimées par Gilbert Mitterrand auprès de Michèle Alliot-Marie, alors Ministre de l'intérieur, au cours de leur entretien du 10 octobre 2008, lorsqu'elle lui annonça la fermeture du site de l'ESOG.

Au-delà de la recherche d'une économie budgétaire sur les sites militaires au nom de la Révision Générale des Politiques Publiques (RGPP), Gilbert Mitterrand craignait déjà que l'Etat veuille doubler sa mise par des gains financiers sur la vente des bâtiments.

En 2008, Michèle Alliot-Marie avait donné des garanties d'une reconversion exemplaire, assortie de conditions financières et économiques favorables à l'émergence d'un projet d'ensemble: l'Etat manque donc à sa parole.

Après 8 mois d'une étude de reconversion rendue impossible dans les conditions fixées par les services de la Mission de Réalisation des Actifs Financiers (MRAI) du Ministère de la Défense, et dénoncées par Monsieur le Préfet lui-même au cours du comité de pilotage du 7 mai dernier, la fermeture du site de l'ESOG s'avère ce qu'elle a toujours été dans l'esprit de l'Etat: une opération immobilière et fianancière, "aux conditions du marché" et dans le cadre d'un "appel d'offre".

Une semaine après la visite rocambolesque de Michèle Alliot-Marie à Libourne, qui n'a pas cru bon d'évoquer le sort de l'ESOG, la décision du gouvernement manifeste un profond mépris à l'endroit des élus locaux et des acteurs socio-économiques qui se sont mobilisés pour bâtir un projet de reconversion durable.

L'Etat tourne ainsi le dos à son rôle dans l'aménagement du territoire pour se transformer "en promoteur multicartes" d'un bien immobilier que l'estimation de France Domaines - plus de "20 millions d'euros" - rend inaccessible aux collectivités territoriales déjà pressurées par les décisions fiscales et budgétaires du gouvernement. Il tourne surtout le dos à sa parole et à l'affirmation de sa volonté d'une reconversion exemplaire du site.

Quel sens l'Etat entand-il donner à son comité de pilotage? Qu'adviendra-t-il du projet d'extension du CEFIL et de l'implantation de la Sous-préfecture sur le site de l'ESOG? Quel sort sera réservé aux propositions d'aménagements urbains exprimées par la Ville de Libourne comme au projet de reconstruction de l'école d'infirmières (IFSI) que la Région Aquitaine est prête à engager sur l'ancien site militaire? Les collectivités locales seront-elles acculées à répondre à l'appel d'offres dans les conditions d'un acquéreur de droit commun?

Jusqu'à présent l'Etat n'avait que peu répondu aux propositions de reconversion du territoire et encore moins à ses inquiétudes. Il vient de livrer, avec brutalité, la seule orientation stratégique qui semble être la sienne: confier l'avenir du site de l'ESOG à la loi du marché, dans le cadre d'un vaste programme de vente à la découpe... au mépris de l'histoire, au mépris de la ville, au mépris de toute cohérence urbaine et, pour finir, au mépris des Libournais eux-mêmes.

Gilbert Mitterrand ne sera pas complice de la décision d'un Etat qui n'a décidément aucun projet, aucune parole, ni aucune vision d'avenir pour le territoire Libournais.

Source : Conseil Régional d’Aquitaine et Extrait de
http://aquitaine.fr/IMG/pdf/CP-ReactionAlainRousset-ESOGLibourne-110610.pdf
CP-ReactionAlainRousset-ESOGLibourne-110610.pdf

Alain Rousset s’étonne de la décision du Gouvernement de vendre le site de l’École des Sous-Officiers de Gendarmerie, à Libourne

Après avoir découvert dans la presse la décision de l’État, le 3 juin 2010, de céder au plus offrant le site de l’Esog à Libourne, en Gironde, Alain Rousset, Président du Conseil Régional d’Aquitaine, a souligné son étonnement, le 11 juin 2010 : la mise en vente du site sonnerait-elle le glas des projets de reconversion, et notamment du projet régional ?

La Région Aquitaine, qui soutient les formations sanitaires et sociales, avait, en effet, proposé d’accompagner sur les 40 000 m2 de bâtiments et 6,5 hectares de terrain du site de l’Esog, l’installation de l’Ifsi, qui mène actuellement un projet d’extension. Lors du dernier Comité de Pilotage, le scénario de reconversion retenu avait élargi ce projet à la réalisation d’un quartier mixte qui intégrerait des résidences d’étudiants, de personnes âgées, ainsi que le déplacement des services de la Sous-Préfecture et de l’Ifsi. La Région aurait alors pu prendre en charge le transfert de l’Ifsi.

La décision soudaine de l’État de vendre l’Esog donne un coup d’arrêt à ces projets et risque de se traduire par une reconversion inadaptée à ce site exceptionnel.

En conséquence, Alain Rousset a adressé au Préfet d’Aquitaine et de la Gironde, Dominique Schmitt, un courrier rappelant le projet retenu lors du Comité de Pilotage et demandant des précisions sur sa mise en œuvre.