Le Blog de JM 33500 - LiBoUrNe, HisToiRe d'En ParLeR

Un p'tit blog pour vous raccontez l'histoire d'une bastide du nom de LIBOURNE en Gironde (Aquitaine)... et de ses environs... Condat, Castillon-la-bataille, Saint-Emilion...

17 janvier 2006

La BaTaiLLe De CaStiLLoN

La BaTaiLLe De CaStiLLoN

17 juillet 1453.

Les Historiens sont d'accord pour reconnaître que la Bataille de Castillon (17 juillet 1453) termina la guerre de Cent Ans avec les Anglais. Pour l'homme de notre temps il reste à expliquer comment l'Aquitaine au Moyen-âge devint possession Anglaise et pourquoi dans ce conflit, qui opposa si longuement deux royaumes, les populations d'Aquitaine ont-elles soutenu la couronne anglaise.

Brièvement, nous allons tenter de répondre à cette double interrogation.

En 1137 mourait le dernier Duc d'Aquitaine. Sa fille Aliénor épousait Louis le Jeune, futur Roi de France, puis son mariage annulé (1152) elle épousait peu après Henri Plantagenêt, futur Roi d'Angleterre. Ainsi l'Aquitaine était-elle rattachée à la couronne Anglaise, qui devenait ainsi vassale du Roi de France. A la mort de Charles IV et en l'absence d'héritier mâle, Philippe de Valois, est nommé régent alors que le Roi d'Angleterre est écarté (1328, Loi Salique). Après divers incidents, le Roi de France saisit l'Aquitaine (en 1337) ouvrant ainsi un conflit qui se prolongera pendant plus d'un siècle.

Pour comprendre les sentiments des populations d'Aquitaine, il faut savoir que la longue domination anglaise n'apportera avec elle ni la misère, ni l'oppression. Au contraire les rois d'Angleterre accordèrent, avec des chartes de plus en plus libérales aux communes (à Castillon 1ère charte en 1359, 2éme en 1351) plus de facilités, plus d'autonomie. Ainsi les relations commerciales furent elles à la base des liens de plus en plus étroits, qui se tissèrent entre l'Aquitaine et le Couronne Anglaise.

LA GUERRE – La guerre ravagea notre pays qui fut bien près de sa perte. Après bien des revers un redressement s'opéra, en partie sous l'impulsion de Jeanne d'Arc, La Guyenne fut presque entièrement conquise par les Français, mais les exigences maladroites de Charles VII firent regretter à beaucoup la tutelle anglaise. Henri VI informé des sentiments des Aquitains, chargea John Talbot, comte de Shewsbury, au long passé glorieux de la reconquête. Au cours d'une rapide campagne, Bordeaux est repris le 23 octobre 1452 et Castillon se soumet aux Anglais. Les Français décident alors de contre-attaquer. Ils s'avancent par la vallée de la Dordogne et prennent Gensac le 08 juillet 1453. L'armée française avance vers Castillon, ville fortifiée, mais ne l’assiège, ni n'en force les défenses. Ce comportement des Français ne s'inscrit pas dans leur stratégie offensive qui leur a déjà permis d'emporter plusieurs places-­fortes (la dernière, Gensac, il y a quelques jours) - Leur objectif n'est sans doute plus de conquérir Castillon et la Guyenne, ville par ville. Il est de détruire l'armée anglaise de Talbot et l'anéantir et de régler ainsi en un unique engagement le sort de l'Aquitaine. Les frères Bureau connaissent Castillon et ses environs pour avoir avec l'armée de Penthièvre enlevé la place en 1451, à vrai dire sans grand combat. Il semble donc, que, connaissant les lieux, les frères Bureau aient voulu attirer l'armée de Talbot sur un emplacement dont ils connaissaient les avantages stratégiques. Et leur tactique fut couronnée de succès.

PRÉLÉMINAIRES DE LA BATAILLE - L'armée s'établit à 1,800 km à l'Est, dans la vallée, sur la rive droite de la Dordogne. Ellecomprend environ 10.000 hommes «de toutes les provinces», 1.800 lances, des francs-archers, une artillerie de 300 pièces diverses servis par 700 manœuvriers sous les ordres des frères Bureau. L'emplacement choisi présente d'incontestables avantages: au Nord, il s'adosse à la Lidoire, petite rivière aux rives escarpées, et dont le niveau pouvait être rapidement élevé par un barrage. A l'Ouest, au Sud et à l'Est, un long fossé l'entourait (1,600 km), de largeur (5 à 6 ml, de profondeur (4 m environ) suffisantes à décourager l'assaillant. Réalisé en 3 jours, selon des considérations tactiques que n'aurait pas désavouées Vauban, il présentait des sinuosités, des indentations permettant des feux croisés. Protégé par un talus, renforcé de troncs d'arbres, il allait présenter des problèmes redoutables à la cavalerie anglaise. Ainsi réalisé, le camp avait 200 à 300 m du Nord au Sud et 600 m de l'Ouest à l'Est. Devant lui s'étendait sur 500 à 600 m la plaine de la Dordogne, rivière qu'on ne pouvait franchir qu'en un gué: le pas de Rauzan.

La BaTaiLLe De CaStiLLoN - Schéma

La BaTaiLLe De CaStiLLoN - Carte topographique 1:25000

Si l'ennemi venait du Nord, il se heurtait à la Lidoire, obstacle difficile à franchir, aux abords immédiats du camp. S'il venait de l'Ouest, il ne pouvait entièrement se déployer devant le front étroit de la place (200 m). S'il venait du Sud, le champ de bataille jusqu'à la Dordogne, se trouvait sous le feu de l'artillerie française.

L'attaque vint du Sud mais… nous n'en sommes pas là.

Le dispositif des français s'était complété par deux opérations:

1 - 700 hommes avaient occupé le prieuré de St-Florent au Nord-Ouest du camp.

2 - La cavalerie bretonne (240 lances) était remontée en réserve à Horable, à 1,500 km au Nord de la place.

Vue du ciel des champs de Bataille

Photo aérienné du champ de bataille de Castillon aujourd'hui, prise en direction de l'ouest.

La Dordogne est à gauche, Castillon-la Bataille en haut, une épaisse rangée d'arbres marque la Lidoire, juste à gauche de la route. On voit même une trace partielle des retranchements du camp français qui se révèle dans les limites de certains champs au centre de la photo.

(Photo figurant dans La victoire de Castillon de J. Barthe.)

LA BATAILLE - Averti par les Castil­lonnais de l'arrivée des Français, Talbot à Bordeaux, hésite, puis se décide à leur porter secours et part le 16 juillet vers 07 heures du matin. Il couche à Libourne et le matin du 17 juillet 1453 se dissimule dans les bois dominant le prieuré. Comme les Castillonnais le lui ont conseillé, il se précipite et bouscule la faible garnison de Saint-Florent. Celle-ci s'enfuit et s'efforce de rejoindre le camp. Mais la retraite est difficile : on suit le flanc du coteau dominant la rivière et après de sanglants corps à corps, les fuyards franchissant la petite rivière par un gué ou un pont provisoire, se retrouvent à l'intérieur du camp. Peut-être surpris par les difficultés auxquelles ils se heurtent les Anglais refluent sur le prieuré où ils vont se restaurer et se désaltérer en mettant en perce quelques futailles abandonnées par les Français. Talbot s'apprête à entendre la messe, lorsqu'on vient lui rapporter que les Français s'enfuient, abandonnant le camp retranché. De fait des nuages de poussière s'élèvent à l'Est, dans la plaine au-dessus de la position tenue par les Français. On saura plus tard, qu'il s'agit du retrait des pages et des bagages inutiles au combat. Talbot se laisse prendre à ces apparences, il n'hésite pas et se précipite avec les troupes dont il dispose afin de mettre en déroute les Français.

Les récits dont nous disposons soulignent le calme exemplaire de ces dernières, alors que les anglais s'approchaient des fossés. Vers le centre du dispositif de défense, se trouvait une indentation profonde et étroite coupée d'une barrière avec une porte servant vraisemblablement d'entrée du camp. Arrivant jusqu'à la contre-­Scarpe du fossé, les anglais essaient de planter l'étendard de Talbot sur un pieu de la barrière. Les Français s'y opposent. Mêlée confuse ! Et l'étendard roule dans le fossé. L'artillerie des Français a eu tout le temps de se préparer. Alors 300 pièces tirent à la fois. Carnage effrayant. Les assaillants sont pressés les uns contre les autres, ils ne peuvent ni s'échapper, ni se dissimuler. Courageusement les survivants se regroupent mais de nouvelles décharges jettent la débandade dans le camp assaillant. Alors les Français ouvrent les barrières et poursuivent les Anglais. Dans la mêlée qui s'ensuit, Talbot, dont la «haquenée» avait été tué par un boulet, est précipité à terre et tué par quelque archer. Au bruit de la canonnade, les Bretons en réserve à Horable (moulin) précipitent la déroute des Anglais. Les survivants (4000 morts au moins restèrent sur le champ de bataille !) s'enfuient, les uns en franchissant la Dordogne (mais beaucoup se noient), les autres en refluant vers l'Ouest (certains atteignent Saint-Émilion) d'autres enfin en s'abritant dans la place de Castillon. Refuge de courte durée ! En effet, le 18 juillet, les Français avancèrent quelques pièces d'artillerie sous les murs de Castillon; ce fut suffisant pour obtenir la reddition de la ville. C'est au château de Pressac, à St-Étienne-de-Lisse que fut signée la reddition des Anglais. Le corps de Talbot avait été reconnu par son «héraut». Ses restes furent déposés provisoirement à Notre­-Dame-de-Colle (voir article "Monument de Talbot"), sur le champ de bataille puis transportés en Angleterre et inhumés à Witchurch. Talbot disparu, toutes les places tenues par les Anglais capitulèrent rapidement, Bordeaux se rendit sans effusion de sang.

La BaTaiLLe De CaStiLLoN

Peinture de la Bataille de Castillon par Larivière,

montrant le moment où le cheval de Talbot tombe.

Ce tableau comporte des erreurs:

le comte ne portait pas d'armure; son cheval était blanc.
(Ce tableau se trouve au château de Versailles, dans la galerie des Batailles).

CONSÉQUENCES - Cette bataille scella le retrait définitif des Anglais et contribua à asseoir l'autorité du Roi de France. Mais pour l'Aquitaine, les conséquences ne furent pas toutes bénéfiques. Plus question de chartes au contenu libéral, plus question de «consentir» l'impôt. Tout un ensemble de conquêtes sur la voie de l'autonomie est remis en question et ne sera récupéré que partiellement et longtemps après. Les Castillonnais perdirent leurs privilèges; péniblement, il fallut les reconstituer. Ce n'est qu'en 1474 que Jean de Foix Candale leur accorda une charte dont les dispositions furent confirmées et élargies par Gaston II en 1487. D'autre part, cette défaite des Anglais bouleversa l'économie de la région. Les courants économiques qui avaient assuré pendant 2 siècles la prospérité de l'Aquitaine furent modifiés. Des ventes de vin à l'Angleterre, sans cesser complètement vont se réduire dangereusement, car ses rares transactions sont assorties de droits élevés et de mesquines vexations. L'exil volontaire ou imposé va aussi éclaircir les rangs des notables. Cependant quelques années plus tard, les exilés volontaires seront bien accueillis à leur retour. Certains retrouvèrent même les terres autrefois abandonnées.

Dans le domaine militaire, cette victoire, fruit d'une conception stratégique nouvelle, met en valeur le rôle important et effrayant de l'artillerie, l'action percutante de la cavalerie quand elle est utilisée au moment opportun. Les chevauchées souvent désordonnées, les volées de flèches, les combats individuels débordant de courage, sont impuissants et incapables de mettre le camp français en danger. Toute une conception moyenâgeuse de la guerre s’écroule et montre son insuffisance devant les nouvelles techniques et les nouvelles armes de guerre.

CONCLUSION - A cet évènement important et dont l'histoire conservera le souvenir, les Castillonnais, paradoxalement, n'ont pas pris part ou si peu! A l'abri de leurs murailles ils ont pu suivre les chevauchées, entendre le fracas de la canonnade, presque comme des témoins assistant à un drame dont ils ne pressentaient pas les lointaines et multiples répercussions.

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Le MoNuMeNt de TalBoT

Le souvenir qu'a laissé la bataille dans beaucoup de comptes rendus français est caractérisé par le fait que le seul monument sur le site est dédié au chef anglais tombé au combat, Talbot. La statue existante est à l'endroit même où une chapelle, "Notre-Dame de Talbot", avait été érigée par les Français peu après la bataille; elle fut appelée plus tard "Tombe de Talbot", et fut détruite pendant la Révolution. Au cours des années, les restes de Talbot furent déplacés. D'abord l'ensemble des restes à l'exception du crâne fut ré-enterré à Falaise (commune du Calvados, située au sud de Caen). Son crâne fut transporté en Angleterre, puis sir Gilbert Talbot ramena le reste de sa dépouille en 1493.

Le MoNuMeNt de TalBoT - 2006

Le MoNuMeNt de TalBoT - 2006  Le MoNuMeNt de TalBoT - 2006

Le MoNuMeNt de TalBoT - 2006

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Le LiVRe d'HeURes De TaLBoT *

Talbot, l'un des plus fameux guerriers du XVème siècle, le plus illustre des adversaires de Jeanne d'Arc, celui auquel Shakespeare a accordé le surnom d'Achille anglais, octogénaire tué à la tête de ses troupes sous les murs de Castillon en 1453 par une bande de Bretons (1), possédait un livre d'heures de format allongé 0,27 x 0,115 prouvant qu'il était destiné à être porté par son propriétaire dans ses campagnes.
Talbot Ier comte de Shewsburg descend de Sir Gilbert Talbot, Lord Chamberlain d'Edouard III en 1331, décédé en 1346.
Ce volume (2) de 136 feuillets est orné de 26 miniatures de diverses dimensions. Dans les 6 premiers, on remarque beaucoup de noms de saints anglais: saint Cuthbert, saint Richard, saint Dunstan, saint Edme, saint Alban, 1er martyr d'Angleterre, sainte Etheldride, sainte Cuthburge, sainte Edithe et saint Hugues, évêque de Lincoln. Le verso du feuillet suivant est entièrement occupé par une grande composition qui constate la provenance illustre de ce volume ; une miniature qui couvre la moitié de cette page représente la Sainte Vierge assise sur un trône peint en rouge sur un fond damier. Devant elle sont agenouillés, à gauche Jean Talbot, assisté par son patron guerrier saint Georges qui terrasse le dragon; à droite Marguerite de Beauchamp, seconde femme de Talbot, assistée par sainte Marguerite, accompagnée aussi d'un dragon à face humaine. Talbot armé de toutes pièces, est vêtu d'une cotte armoiriée; son épouse porte un large manteau de drap d'or; une pièce d'étoffe rouge, disposée sur sa tête en guise de hennin, et dont les bouts retombent jusqu'à terre, lui sert de coiffure. Au-dessous de cette peinture, figurent les armoiries et les devises des deux époux:

Sous Talbot est une bannière déployée avec ses armes : Parti : au 1er écartelé de Talbot et de Strange; au 2e écartelé de Furnival et de Verden ; sur le tout : écartelé de Lisle et de Tyes. Talbot était en effet seigneur de Furnival et de Verdon du chef de sa première femme Mathilde, fille de Thomas Nevill, et seigneur de Lisle et de Tyes du chef de sa seconde femme, Marguerite de Beauchamp, fille du comte de Warwick. La bannière déployée au-dessous du portrait de cette dernière est aux armes de sa maison. Chacune de ces bannières surmonte les insignes de l'ordre de la Jarretière, renfermant au centre le petit chien des Talbot sous Talbot, et l'ours de Warwick sous Warwick. Un pied de marguerites, autour duquel s'enroule une banderole avec cette devise: Mon seul désir (2 mots illisibles) est, passe entre les deux bannières. Dans le célèbre manuscrit offert par Talbot à Marguerite d'Anjou, épouse de Henri VI, manuscrit conservé au Musée britannique sous le nom de Shreusbury-Book, la devise de Talbot est exprimée dans ce rondeau commençant comme la devise de la banderole:

Mon seul désir
Au roy et vous
Et (este) bien servir
Jusqu'au mourir;
Ce sachent tous:
Mon seul désir
Leu roy et vous.

Ce manuscrit n'est bien homogène ni par les miniatures, ni par le texte : il est successivement en anglais et en français.
Ce livre de prières qui ne parait jamais l'avoir quitté, aura sans doute été pris dans le pillage qui suivit la déroute, car après quatre cents ans, il a reparu en 1855 chez un brocanteur de Nantes, d'où il passa dans la collection d'un bibliophile breton, gagna par la suite la signature d'un Henry de Bourbon. Après avoir figuré dans les vitrines de l'exposition rétrospective de 1867, il entra dans la célèbre bibliothèque de Firmin Didot et fut vendu à sa vente 18500 francs (2820,31€) en mai 1879 (3). 

W. LE MATTRE.

(*) Communication de M. LE MATTRE la séance du 7 avril 1957. Ayant interrogé notre collègue sur les différences que l’on pouvait relever entre cet article et celui publié par lui en novembre 1948 dans la petite revue libournaise Arc-en-ciel, M. Le Mattre nous a déclaré que ce premier article était « une fantaisie » en ajoutant : « Ce que je vous ai envoyé cette fois n'est pas une fantaisie. Je possède les différents catalogues des ventes de la Bibliothèque Firmin-Didot, catalogues très détaillés et c'est sur celui de la vente 1879 que j'ai copié quelques passages concernant les livres d'heures de Talbot... Pour l'origine de Talbot je l'ai pris dans mon peerage-book et je crois avoir écrit Chambellan en anglais ».
(1) Ce terme est extrait du catalogue Firmin Didot.
(2) Le catalogue le définit ainsi: « In folio étroit de 4 et 136 ff. miniatures, bordures et lettres ornées; ais de bois dépouillés de leur couverture. Précieux manuscrit sur Velin exécuté en France, dans la première moitié du XVème siècle, pour le célèbre général anglais Jean Talbot... »
(3) M. Le Mattre ignore comme nous le destin actuel de ce livre d'heures puisqu'il nous demande : « Quel est l'actuel possesseur du livre ? »

Extrait de la Revue S.H.A. du Libournais 1957 à 58 p. 81 à 82

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SuR DeuX TroPhéeS De La BaTaiLLe De CaStiLLoN

1 - LA SAINTE-ÉPINE

Les textes qui nous sont parvenus sur le déroulement de la bataille de Castillon sont insuffisants et contradictoires. Si nous ne connaissions pas le désarroi provoqué en 1453 par le retentissement de la chute de Constantinople, nous pourrions taxer les historiens et les chroniqueurs dimprévoyance ou fie négligence; mais cet évènement, considérable dans l'Europe chrétienne, éclipsa alors le succès des armes françaises et ses conséquences imprévisibles.

Dans sa date même, la défaite anglaise comporte déjà l'incertitude. Certains la fixent au 13, d'autres au 17 juillet 1453.

Parmi les faits peu connus de cette mémorable journée et diversement racontés, il en est un qui, malgré son appartenance actuelle au Périgord, entre, par son origine, dans nos annales locales: c'est celui qui se rapporte à la découverte, en terre castillonnaise, d'une sainte relique, sur le cadavre du général Talbot. Ceci devrait justifier mon entrée insolite dans le domaine de nos voisins et amis de la Dordogne; mais ne savons-nous pas qu'ils soutiennent, avec quelque raison. D’ailleurs, que la bataille de Castillon fut la bataille de Lamothe-Montravel (M. Dujarric-Descombes, ancien vice-président de la Société H.A.de Périgueux: de 1848 à 1926 - Manuscrit des archives de Montréal). Pourtant, s'il est vrai que l'effort principal des combattants eût lieu dans le territoire de cette commune, n'est-il pas juste de reconnaître aussi que les premières escarmouches débutèrent en l'abbaye de Castillon et que la poursuite des vaincus ne s'arrêta qu'aux portes de Saint-Emilion (Guinodie - Histoire de Libourne, T. III, P. 50 - 2e édit.).  - En outre, militairement, l'objectif du combat était bien Castillon et positivement, c'était la bataille «pour» Castillon.). Au surplus, ce n'est pas seulement mon incursion en Dordogne que l'on devra me pardonner mais aussi la relation de faits déjà signalés et recueillis, pour la plupart, dans les fécondes publications de la société H.et A. du Périgord.

Cependant, en soulevant la trame légère de la légende, mon intention reste pure et ne tend qu'à faire connaître en Libournais, où elle est très peu répandue, l'histoire vraie de la sainte Epine de Talbot « our good dooge » (Talbot était d'origine française, il descendait de barons normands du pays de Caux. Il avait pour cognizance ou marque personnelle, un chien avec cette devise « Talbot our good dooge» (notre bon dogue) - Nlle biographie générale publiée par MM. Firmin Didot 1845).

J'ai pu, grâce au bienveillant accueil de Monsieur le Colonel marquis de Faubournet de Montferrand, et aussi à l'amicale serviabilité de notre distingué collègue, M. J. Ducasse, contempler ce gage sublime de la fin de la Guerre de Cent ans et recueillir, à Montréal, des renseignements et des impressions utiles à mon exposé.

J'ai, dès l'abord, été séduit par l'aspect extérieur de la chapelle où est conservée la glorieuse relique. Deux tourelles, dont l'une au toit pointu et l'autre au sommet tronqué, flanquent l'édifice principal, élevé en pignon, et impriment à cet ensemble, où se révèle l'éloquente entité des vieilles pierres, un rythme imposant de verticales contenu par celui des lignes brisées au symbole tragique. Rien n'est plus propre à nous reporter au soir de Castillon pendant que le grand maître de France. Jacques de Chabannes, partage les dépouilles du cadavre encore chaud du fameux général anglo-normand. Il est dit, qu'ayant envoyé le hausse-col du vaincu à Charles VII, il garda pour lui l'épée (dont il sera question par la suite) et qu'un reliquaire composé d'une croix d'or garnie de diamants enfermée dans une bourse de velours devint le lot du seigneur de Montréal, en Périgord.

La raison d'une telle faveur, envers un simple capitaine parmi tant d'autres, ne peut se trouver que dans le mérite déployé pour un haut fait.

Dans un manuscrit (Bibliothèque de M. Dujarric-Descombes.), Chevalier de Cablanc nous renseigne bien sur l'action elle-même, mais il commet une confusion dans les noms :

« Nos périgourdins, dit-il, suivirent très bien dans ceste occasion et la tradition nous apprend que ce ne fût point, comme le rapporte de P. Dupuy d'un coup de couleuvrine que Talbot périt, mais qu'il fut tué de la main du seigneur de Pombrian, lequel luy arracha la sainte Epine qu'il portait au col et laquelle est encore présentement dans le » château de Montréal qui estoit la demeure ordinaire des seigneurs de Pombrian, avant que M. Duchesne le lieutenant général d'à présent ne l'eut acquis d'eux ».

Or, le seigneur de Montréal, héros de Castillon, n'était pas Pontbriant, chevalier de Cablanc, qui écrivait au XVIIème siècle, a ignoré sans doute la teneur d'un acte de 1526 dont le passage suivant écartait toute incertitude:

« Iceluy, reliquaire, entre autres choses par le dit feu seigneur pries et apporté au dit château de Montréal, et, depuis y a demeuré clos et fermé sans scavoir ce qui était dedans. » (Le P. Dupuy signale l'existence de cet acte et M. de Montaigut en a publié le texte, suivi de la transcription incomplète, par suite de déchirures, d'un feuillet. de papier sans date. mais vraisemblablement d'origine fort ancienne et qui devait être le titre historique confirmant la prise de la sainte-Epine sur le corps de Talbot par le seigneur de Montréal - Bull. de la Société H. et A. du Périgord, T, XIX, p. 345 et 346).

Ledit « feu seigneur » était Michel de Peyronenc (M. Dujarrie-Descombes nous apprend encore que Montréal doit son origine à la famille de St-Astier. Au XVe siècle, Catherine, fille et héritière du dernier seigneur de ce nom, porta en se mariant Gérard de Peyronenc, seigneur de Loupiac, les biens de sa maison. Entre autres enfants, ils laissèrent Michel de Peyronenc, qui, aux terres de Loupiac et de Montréal joignit: celle de Verteil­lac et de la coseigneurie du Chapdeuil) qui tenait Montréal de son père. Il eut de son mariage avec Agnès de Las Tours, en 1483, une fille unique qui épousa, vers 1500, Pierre de Pontbriand, ce n'est donc qu'à partir de cette date que les Pontbriand purent devenir seigneurs de Montréal et en faire leur « demeure ordinaire ». L'erreur de Chevalier de Cablanc apparaît donc évidente. D'autre part, l'acte signalé ci-dessus était une convention entre Pierre de Pontbriand, gendre héritier, de Michel Peyronenc et Guillaume Sudiraut, curé d'Issac; il se rapportait au culte prévu pour la sainte-Epine qui venait d'être découverte dans la croix d'or garnie de diamants et avait été en­registré le 12 août 1526, par le notaire Lévêque. On objectera que ce serait bien peu de chose pour établir l'authenticité d'un fait historique, après 73 ans, et l'origine divine d'un objet à proposer à l'adoration des foules.

On doit se garder, toutefois, des oppositions trop hatives, se reporter aux coutumes anciennes, envisager la valabilité des déclarations de Pierre de Pontbriant devenu dépositaire, avec sa femme, des rapports de Michel de Peyronenc sur la provenance de la croix d'or et les raisons qui s'opposèrent à son ouverture, peut-être assujettie h un secret.

On sait que pendant plusieurs années après son mariage, Pierre de Pontbriant eut à faire valoir ses droits sur les terres de Montréal disputées par leurs habitants (elles comprenaient alors au moins huit domaines ou métairies) et qu'il s'adonna, en outre, à procurer satisfaction aux intérêts matériels de la population de sa paroisse. Ce ne fut qu'après ces réalisations qu'une inspiration soudaine lui permit de découvrir la sainte-Epine enchâssée dans son précieux trésor (Pierre de. Ponbriant fut page d'Odet d'Aydie, échanson de Ch. VII, sous gouverneur du comte d'Angoulême, gouverneur des châteaux de Molle, Niort, Fontenay le Cte, Bergerac et gentilhomme ordinaire de la chambre de François Ier (M. de Montaigut, ouvr. cité). On tiendra le plus grand compte de la relation faite par le P. Dupuy, un siècle plus tard, et qui jugea pièces en mains, puisqu'il eut l'avantage de compulser les archives du château.

« Noble Pierre de Pontbriant, conte-t-il, faisant ouvrir ce sacré reliquaire, croix d'or garnie de diamants, trouva dedans une épine et n'ayant assurance s'il fallait honorer, comme ayant servi à la Passion de Jésus-Christ, il consulta, sur ce double, notre évêque de Plaignie qui commit l'examen de cette affaire à son théologal Maimont, gardien du couvent de Saint-François, lequel dans sa consulte baillée par escript, répond qu'il fallait demander il Dieu des signes extraordinaire par jeusnes et prières publiques, afin qu'il luy pleut de déclarer en quel estat il voulait qu'on tint ceste épine.

Il est vraysemblable que dans l'essay faict, divers miracles parurent, car l'an 1526, noste évesque expédia un bref en faveur de » la transaction faite par le sieur de Pombrian, avec Sudiraut, curé de la paroisse d'Ayssac, déclarant, après plusieurs consultes, qu'on peut et doit honorer la sainte Epine, commandant de la porter processionnellement. J'ai vu l'original de ce rescript dans le thrésor du château  de Montréal. »

On peut regretter l'absence de l'énonciation des miracles qui motivèrent la décision de l'évêque, mais on connaît aussi la réserve apportée par l'Eglise en ces manifestations, ce qui permet d'accorder foi aux déclarations du F. Dupuy et de tenir sa documentation comme primordiale en cette affaire. On trouve, par ailleurs, dans l'annuaire pontifical catholique de 1911, de caractère officiel en matière religieuse, cette notation: Une sainte Epine est honorée dans le château de Montréal, paroisse d'Issac, elle fut retrouvée sur le général Talbot, tué à la bataille de Castillon, le 17 juillet 1453, avec des caractères d'authenticité tels, que l'évêque de Périgueux, Jean de Plaignie, en a autorisé le culte solennel en 1526 ».

Ainsi étayée, l'histoire du talisman de Talbot appelle notre crédit. Vénéré par les foules, honorées par les seigneurs de Montréal, nous le trouvons, après les Pontbriant, propriété des Duchesne en 1639 (par adjudication du domaine au prix de 131000 livres, la sainte Epine, faisant partie de la vente) (Les Duchesme de Montréal, par le doct. Ch. Lafon, président de la S.H.A.P. (Bull. de la S.H.A.P., T. LXVIII p. 433, renvoi 1) et hérité en 1752, par les Faubournet de Montferrand. A l'aube de l'année terrible, il fait l'objet d'une délibération municipale dont les termes mesurés cachent mal le profond respect qu'on lui portait encore :

« Nous, maire et officiers municipaux de la commune d'Issac, avons délibéré que, comme la relique de la sainte Epine est portée » sur le verbail qui a été fait à Montréal et dont Martial Ladhau est nanti, nous y envoyons un sergent de la garde nationale avec quatre hommes et le vicaire desservant, promettant de la garantir de tout a évènement et de la remettre au dit Montréal suivant l'usage. » Signés à Issac, le 21 mars 1792, Auberty, maire, etc... (Les registres de la commune d’Issac renferment aussi le P. V. suivant qui confirme le pillage et la destruction des archives de Montréal : 27 Brumaire an II; papiers du ci-devant seigneur de Montréal, apportés par ordre de la municipalité depuis le 23 octobre. Les papiers, ci-dessus ont été portés sur la place publique et brulés en présence de la municipalité et des citoyens assemblés ce même jour. Signé au registre, Jean Lespinasse, officier mpal., Anbertie, maire). »

Par la suite, Montréal, ce lieu spirituel, où s'unirent, dans la confiance en la protection divine et le souvenir des exploits glorieux, le patriotisme naissant et la foi médiévale, fut vendu à l'encan. Son mobilier dispersé, ses trésors pillés, ses propriétaires émigrés. Comment la Sainte-Epine fut-elle préservée du désastre, et par quelle intervention mystérieuse, la tourmente passée, redevint-elle le précieux ornement du château? Monsieur de Faubournet de Montferrand, avec son âme d'artiste, parle avec ferveur des temps écoulés. Il a bien voulu rappeler pour nous, les circonstances qui ont permis à l'inestimable relique de regagner le sanctuaire où elle fut placée voici cinq siècles et qui se résument ainsi « Après avoir été avec les autres meubles emmagasinée à Mussidan, comme bien national, la Sainte-Epine fut adroitement subtilisée par un nommé Crabanac, membre du district, neveu par alliance de l'abbé Lespine, ancien vicaire d'Issac. Ayant réussi, par de pieux mensonges, à justifier la disparition de cet objet, figurant à l'inventaire du château, sous la rubrique :

« Chasse contenant la relique de la sainte Epine dont l'étui nous a paru être en argent et les baguettes et couverture en cuivre. »

« Il le conserva jusqu'en 1836, époque à laquelle mon grand-père racheta le domaine. Son régisseur Antoine Lachau informé par M. Cra­banac du précieux dépôt qu'il détenait servit d'intermédiaire et remit au marquis la Sainte-Epine récupérée. »

Les Faubournet de Montferrand entreprirent alors les démarches utiles afin de rendre au prodigieux trésor l'authenticité de ses origines. Elles aboutirent, le 21 mai 1858, à l'obtention d'un Bref de Mgr. George Massonnais, évêque de Périgueux et de Sarlat, conçu en ces termes :

« Jean Baptiste Amédée George, par la miséricorde divine et la grâce du saint Siège apostolique, évêque de Périgueux et de Sarlat: Vu, la relation historique, à nous présentée et qui demeure annexée à la présente ordonnance, de laquelle relation il résulte que, dès les temps les plus reculés, une Sainte-Epine de l'adorable couronne de N. Seigneur Jésus-Christ était conservée et honorée au château de Montréal, paroisse d'Issac, dans notre diocèse.

Appréciant, comme de droit, les raisons et procès-verbal établissant que cette relique pieusement sauvée durant les troubles de la fin du siècle dernier est revenue en son premier lieu, mais privée dit titre par lequel Jean de Plaignie, ou Planis, de bonne mémoire, l'un de nos prédécesseurs, en autorisait le culte.

Ayant examiné la dite relique formée de deux fragments réunis par un fil rouge, placée dans une monstrance en argent, de forme carrée, ayant quatre côtés munis d'un verre, placée sur un pied imitant celui d'une petite custode et surmontée d'une petite croix laquelle nous avons attaché, par un fil rouge, notre sceau pour qu'elle ne puisse être ouverte, désormais.

Faisant aux termes du S. Concile de Trente (sess. XXV de vener, ss et imag.) ce qui nous paraît conforme à la vérité et à la piété.

Nous avons permis et permettons, par les présentes, d'honorer publiquement et d'exposer la sainte Relique, recommandant d'éviter à ces sujettes toutes superstitions et abus, et priant notre Sauveur de bénir tous ceux qui, en mémoire de sa divine Passion, vénéreront cette sainte Epine de sa couronne sacrée.

Donné à Périgueux, sous notre seing, notre sceau et le contre seing de notre secrétaire, le 21 mai 1858 : Jean, évêque de Périgueux et de Sarlat. (Jean-Baptiste Amédée George Massonnais évêque de Périgueux et de Sarlat du 21 février 1841 au 20 décembre 1860, neveu du cardinal de Cheverus, archevêque de Bordeaux, il rétablit 1a liturgie romaine en 1847, obtint la restauration de St-Front et transféra le grand séminaire de Sarlat à Périgueux. Ce fut un apôtre (abbé Texier, secrétaire général de .la Société historique d'Aunis el Saintonge). Par mandement de Monseigneur: Dubois, secrétaire.

En conséquence, le culte fut repris et continué de nos jours. Chaque année, le premier dimanche de septembre, la Saint-Epine est honorée publiquement, au cours d'une ostension et d'une procession.

Nous associant, en quelque sorte, à la solennité qui se déroule en ce moment, nous, qui demeurons soumis au mystérieux attrait des valeurs du passé, et qui célébrons le 5ème centenaire du mémorable combat, dans le lieu même où il se déroula, en Castillon-la-Bataille, si grande aujourd'hui, du mérite de nos pères, notre pensée s'élèvera, du coin de terre où il fut conquis, vers le trophée de Peyronenc.

Evoquant le paysage de pure essence périgourdine, où se dresse fièrement l'antique forteresse (En 1669, six prières de canon sur chevalet, six pièces sur roues. 40 arquebuses et 2 mousquets du cuivre défendaient les approches de Montréal), nous joindrons notre hommage à celui de la foule recueillie. De ce sommet rocheux, nos regards franchiront les horizons magiquement bleutés et, nous saluerons la mémoire du compagnon de Jacques Cartier, ce Pontbriant de Montréal qui, de sa courageuse aventure, attacha son nom à la naissance de la vaste cité canadienne du Saint-Laurent.

Et, empreints de la sereine beauté de ce site privilégié, nous exprimerons notre reconnaissance à ceux qui maintiennent, avec tin si noble souci, la pérennité glorieuse des exploits ancestraux et la grandeur de nos traditions.

2 – L’ÉPÉE

Dans son étude sur les seigneurs de Montréal, M. Dujarric­-Descombes (déjà cité dans mon exposé sur la sainte Epine de Talbot) ancien vice-président de la société H. A. du Périgord, ayant consulté l'histoire du Berry (III p.103) de Thaumas de la Thaumassière et le nobiliaire du Limousin de Nadaud (I. p.647), nous dit que l'épée de Talbot se voyait encore à la fin du XVIIIème siècle, au château de Madic, résidence de la puissante famille de Chabannes, à 30 km, de Mauriac en Cantal. Ceci paraîtrait acceptable, puisque nous avons vu le vainqueur de Castillon s'attribuer l'arme de son ennemi malheureux lors du partage de ses dépouilles; mais il faut demeurer très circonspect à ce sujet, car plusieurs autres récits viennent réfuter cette possibilité.

MM. Firmin Didot frères (nouvelle biographie générale 1845) ont trouvé que cette épée fut réclamée, sous le règne d'Elisabeth, par le comte de Shrewsbury descendant de Talbot. Le manque de détails et de références de ce texte, ne permet pas de conclure avec certitude; mais on peut penser qu'il fait suite à la découverte de la fameuse flamberge au XVIème siècle, par un paysan qui la trouva dans la Dordogne