Le Blog de JM 33500 - LiBoUrNe, HisToiRe d'En ParLeR

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25 février 2006

PoRTe BruNeT ou PoRTe de la BrèCHe

SaiNt-ÉmiLioN - PoRTe BruNeTC'est la sixième porte qui ait seule résisté aux injures du temps, et aux ravages des siècles.

Massif quadrilatère de 10 mètres de long dans le sens des murailles et de 4 mètres d'épaisseur. Elle était garnie de deux tours parallèles partant des fossés qui en défendaient l'accès. Un petit sentier conduisait à la guérite de la Porte Bouqueyre.

On montait au premier étage où se tenaient les hommes de garde par un escalier à vis percé dans l'épaisseur du mur. L'entrée était à 1m50 du sol.
Cette porte reste le témoin de l'expédition hardie de Sully en 1580. Elle en reçut le nom de "porte de la Brèche".

C'est par elle aussi que, pendant la Révolution, Guadet, Pétion, Barbaroux et les autres Girondins s'enfuirent dans la campagne, après avoir vécu, cachés par Madame Bouquey.

PoRTe BruNeT - 2007 PoRTe BruNeT - 2007 PoRTe BruNeT - 2007

PlaQue InFo PoRTe BruNeT

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25 février 2006

LeS ReMPaRTs

SaiNt-ÉmiLioN - LeS ReMPaRTsL'établissement d'un monastère de Bénédictins au lieu-dit de la Magdelaine, détermina l'agglomération d'une population qui obtint au Moyen-âge des franchises et devint, au commencement du XIIIe siècle, une des plus fortes places de la Guyenne.
C'est à cette époque probablement, qu'elle fut entourée de fossés et de murailles. En effet, on a fait avancer en un angle la ligne des murs, pour respecter l'angle Nord-Ouest de la collégiale ; le mur d'enceinte est donc postérieur à cette partie de l'église qui est romane et qui ne peut être antérieure à 1110, date à laquelle Arnaud Guiraud, archevêque de Bordeaux, constitua l'église de Saint-Émilion. D'autre part, une charte de 1224 porte : «Clausura ville Sancti Emiliani». C'est donc dans l'intervalle de 1110 à 1224 que furent érigées les fortifications de Saint-Émilion.
Il lui fallut le concours de sa position inexpugnable et l'énergie de ses habitants pour résister aux guerres incessantes dont la Guyenne fut le théâtre de 1328 à 1441, et qui portèrent la destruction jusqu'au pied de ses remparts protecteurs.
En 1358, Edouard III permit l'établissement de taxes, dont le produit devait s'appliquer à la réparation des fortifications. En 1389, le duc de Lancastre, lieutenant d'Aquitaine, accordait à la ville un délai de deux ans pour «réparer et fortifier ladite ville». Charles VII, après avoir chassé les Anglais de Guyenne, autorisait, en 1451, l'établissement d'un droit d'octroi pour faire réparer les murs et fortifications de la ville. Les fortifications avaient encore besoin de réparations en 1540. En 1568, les troubles religieux étendirent leurs ravages sur la ville ; des pans de mur, des portes, des tours furent démolis.
Ce qui reste des remparts nous est parvenu sans trop de modifications depuis cette dernière époque, avec leurs douves transformées en jardins. En arrière de ces remparts existent des caves utilisées, en général, par les viticulteurs qui en sont propriétaires.
Des six portes qui étaient percées dans cette enceinte (au Nord, la Porte Bourgeoise ; à l'Est, la Porte Brunet ; à l'Ouest les Portes des Chanoines et de Saint-Martin ; au Sud, la Porte Bouquère ou Bocquère et la Porte Sainte-Marie), une seule subsiste la Porte Brunet.

LeS ReMPaRTs

LeS ReMPaRTs

24 février 2006

La ChaPeLLe du ChaPiTre

La ChaPeLLe du ChaPiTre La ChaPeLLe du ChaPiTre

Située à quelques mètres du flanc sud de la Collègiale dont elle était jadis une dépendance; cette petite chapelle oratoire, d'environ 8 mètres de long et divisé en deux travées égales, remonte au début du XIIème siècle. Découverte en 1844 par Léo Drouyn qui en parle dans son livre (Le guide du Voyageur 1859), la Sociètè Historique et Archéologique de Saint-Émilion en a fait l'acquisition, afin d'en assurer la conservation, de réparer les outrages subis au cours du XIXème siècle et de l'aménager en musée local.

La ChaPeLLe du ChaPiTre

24 février 2006

GuiDe : Eglise collégiale et cloître de Saint-Émilion

Plan Eglise collégiale et cloître de Saint-ÉmilionLa cité est née du tombeau de Saint-Emilion, ermite d'origine bretonne, retiré dans une grotte creusée dans la falaise et mort en 767.

L'EGLISE, anciennement abbatiale, puis collégiale, actuellement paroissiale est une des plus vastes du département.

Entrons par la façade ouest, afin de respecter la chronologie de son édification : une porte romane à cinq arcades en retrait, aux moulures d'influence saintongeaise.

A l'origine, en 1110, quand l'archevêque Arnaud Géraud de Tabanac réforma les chanoines qui desservaient l'église monolithe, l'église n'était composée que d'une simple nef. C'est au cours du Xllème siècle qu'ils édifièrent une nef à trois travées, de style roman, à coupoles byzantines sur pendentifs. Le porche surmonté d'un clocher s'est écroulé, entraînant avec lui les voûtes superposées ainsi que la coupole de la première travée, remplacée au Xllléme par une voûte à nervures ogivales.

De part et d'autre de ce porche, deux statues classées : Saint Joseph et l'Enfant Jésus et une Sainte, en bois polychrome du XVIlème.

Au mur, six tableaux du XVIIème et XVlllème relatant la vie de la Vierge Marie: l'Annonciation, la Visitation, la Nativité, la Circoncision, la Présentation au temple et la fuite en Egypte.

Sur le mur sud de cette nef romane, subsistent des restes de peintures murales très anciennes, notamment quatre circonférences dans lesquelles on distingue un démon, en ocre rouge, tentant une femme que l'on retrouve plus loin subissant le supplice de la roue. Sur la saillie du mur, une remarquable Vierge "Sancta Maria", longue, élancée, en costume du Xllème.

La seconde partie de cette église fût édifiée par le collège des chanoines installé en 1306 et ayant à sa tête Gaillard de La Mothe, neveu du pape Clément V. Elle comprend le chœur formé de trois nefs de style ogival du début XIVème. Au dessus de la porte du cloître, d'autres peintures murales représentent un évêque guérissant des possédées. A l'origine, la nef, le transept et les voûtes devaient être couverts de peintures, comme le laisse présager les traces que l'on distingue çà et là.

Enfin, une abside à cinq pans pour la nef centrale (style flamboyant). Ce chœur est désaxé vers la droite, nous rappelant la mort du Christ : "et inclinant la tête, il rendit l'Esprit".

Au centre, le Maître Autel de 1862. Au dessus, la verrière centrale du XIXème représentant (de bas en haut) la naissance et l'adoration des rois mages; le dernier repas de Jésus avec ses apôtres : la Cène; la descente de l'Esprit Saint sur les apôtres : la Pentecôte.

Les deux verrières latérales (XIVème et XVIème) ont été offertes par le roi Louis XII et représentent les apôtres, grandeur nature.

De belles stalles du XVème, début XVIème servaient aux chanoines durant les offices. De petites consoles, les "miséricordes" ménagées sous l'abatant des sièges, permettaient de s'asseoir à demi. La fantaisie des artistes s'y est déployée de la façon la plus exubérante : anges, têtes d'homme, oiseaux enlacés....

On remarquera dans la nef, la chaire de Jouandot, artiste bordelais du XIXème siècle.

Enfin, l'orgue CAVAILLE-COLL (Gabriel), seul instrument authentique complet signé par le fils d'Aristide CAVAILLE-COLL, facteur d'orgues mondialement réputé. Sa très belle qualité d'exécution en fait un témoin représentatif des orgues qui font la renommée de cette facture française de la fin du XIXème siècle (classé parmi les monuments historiques en 1992).

L'abbé Daniel BergeyA la constitution du chœur de style ogival, début XIVème fut ajoutée une grande chapelle, au sud, autrefois dédiée à Saint-Emilion et, de nos jours, aux martyrs des dernières guerres. Au sol, la pierre tombale de l'Abbé Bergey, curé de la Paroisse de 1905 à 1950, ancien député de Gironde. Au mur, un vitrail de Mirande du XXème.

Cette chapelle est précédée, à gauche, de l'autel dit de Saint Michel, le second des trois archanges, adversaire victorieux de satan. A droite, un panneau en bois représente le sacrifice de Melchisédech. Au dessus, une Piéta et plus haut la statue de St Valéry, patron des vignerons de Saint-Emilion, en bois polychrome du XVIIème.

Au mur, au dessus de la porte donnant dans la chapelle du Cardinal de Sourdis, actuellement sacristie, est exposée une grande toile du XVIIème timbrée aux armes du Cardinal, représentant la Pentecôte. Cet ancien doyen du chapitre y figure ainsi que d'autres membres de sa famille.

Début XVllléme, en pendant à la chapelle sud, fût construit une chapelle carrée. On remarquera la statue en pierre du XVlllème de Saint-Emilion habillé en diacre.

Enfin, dans la nef : jolie chapelle Saint Michel, à deux travées, servant de baptistère.

Sortons par le portail Nord du Xlllème, à 3 arcs ogivaux en retrait et à tympan très mutilé. Au centre, le Christ en majesté entre la Vierge et St Jean agenouillés. Au-dessous, le jugement dernier.

Aux ébrasements figuraient les statues des douze apôtres malheureusement disparues, ainsi que celle du Christ qui était au trumeau. Sur la colonne centrale, la statue d'un pape, sans doute Clément V.

Jusqu'au XVIème, l'initiation catéchétique des adultes et des enfants se faisait en particulier à travers la statuaire, les vitraux, les fresques et les tableaux.

Ce patrimoine est appelé à la pérennité pour signifier aux générations présentes et à venir la place de l'art et de la foi qui, en ce lieu, se confondent.


LE CLOÎTRE : (se visite depuis l'Office de Tourisme)

Il dérive de la conception de la maison antique gréco-romaine dont les locaux d'habitation se répartissaient autour de l'atrium et du péristyle. Le cloître, du XIVéme siècle, est comme l'artère centrale de la vie du monastère.


Sources et références :

- Saint-Emilion : brochure de l'Office de Tourisme

- Archives paroissiales

23 février 2006

ViSiTeR SaiNt-ÉmiLioN

Découverte de Saint-Émilion

BienVeNuE à SaiNt-ÉmiLioNPour bénéficier de l'aspect le plus agréable de Saint-Émilion, il faut prendre la route de Libourne à Bergerac, dans la plaine, et ainsi partir à l'assaut de la ville sur son piton rocheux, en se fiant au clocher qui domine sur la crête de la colline. De loin, rien ne distingue ce village de ceux qui sont alentours. Les maisons semblent se serrer les unes contre les autres, et les tuiles donnent une coloration chaude et rayonnante. En regardant bien on s'aperçoit qu'il y a une harmonie dans le dessin général de la cité. Plus on avance, plus on se rend compte que les habitations sont réellement unies par des couloirs étroits qui serpentent entre les logis. De-ci, de-là quelques ruelles de forte pente et souvent pavées, avec cet air de civilisation à l'ancienne. Saint-Émilion est une cité moyenâgeuse qui a gardé sa personnalité, tout en accordant des conditions de vie forte acceptable pour notre temps.

Saint-Emilion, son vignoble et son paysage sont inscrits au patrimoine mondial de l'humanité par l'UNESCO. Seule une poignée de sites remarquables méritent cette distinction.

SaiNt-ÉmiLioNIl y a trois façons de découvrir la cité :

en partant au hasard, et en admirant au passage les richesses archéologiques, soit en suivant un itinéraire géographique, mais alors on passe d'une époque à l'autre sans cohérence, enfin une démarche historique en suivant les étapes successives de son évolution.

En fin d'article rubrique "Découverte de la ville", ces trois itinéraires seront proposés avec repères sur le plan.

Avant, voici une description des lieux qu'il faut visiter ou voir:

La Collégiale

La Collégiale est l'église paroissiale actuelle. Il faut rentrer par la grande porte sur la place, où on peut stationner.Cette Collégiale fut fondée au XIIe siècle à la demande de l'évêque Arnaud Guiraud qui y avait installé des chanoines.La porte par où nous rentrons est la porte ouest. Elle est romane avec 5 voussures très stylisées. A côté une porte aveugle de même style. A gauche, une autre porte fut sans doute détruite avec une partie des remparts. La façade est surmontée d'un clocher rasé. Il dut exister un clocher roman qui fut détruit, entraînant dans sa chute une partie de la voûte de la nef. Nous conseillons de pénétrer dans l'église collégiale avant de découvrir l'extérieur de cet édifice.

La Collégiale - Peintures murales
Peintures murales dans la nef de l'église collégiale, dans la seconde travée :
démon tentateur, et Saint-Catherine au supplice de la roue.

INTERIEUR : L'ensemble de l'église présente 79 mètres de longueur. On découvre en premier une nef unique de trois travées, deux de ces travées sont surmontées d'une coupole de style byzantin, faut-il y voir une influence angevine ? Rien ne permet de l'affirmer.Le transept est à trois nefs avec un chœur et deux chapelles latérales ; derrière, le maître-autel et le trésor.Il faut profiter de la perspective globale de cette église, avant de détailler les différents objets que l'on peut rencontrer. Revenons à la porte. Sur la droite, on découvre des peintures murales représentant Catherine au supplice de la roue, la tentation d'une femme par un démon, ou une piéta en costume du XIIe siècle.Dans le transept, côté droit, deux verrières représentent des apôtres, elles furent données par le roi Louis XII. Face à cette verrière, la chapelle des martyrs où se trouve la sépulture de l'abbé Bergey, ancien curé-député. Le long du mur une statue en bois polychrome de Saint-Valéry patron des vignerons, qui provient de l'ancien couvent des Jacobins. Au-dessus de la porte de la sacristie un tableau représentant la famille du Cardinal François de Sourdis, archevêque de Bordeaux.Derrière le maître autel, «le trésor» qui contient des objets du culte de l'ancienne collégiale, aussi bien que des souvenirs en lien avec le saint patron. Le corps fut «égaré» au moment de son transfert à Fronsac, pour échapper à la profanation.

La Collégiale
La nef de la Collégiale, prise du chœur. Au premier plan les colonnettes assemblées et sous la voûte les coupoles byzantines.

EXTERIEUR : Ressortons par la porte nord qui est flanquée de deux contreforts du XIVe siècle. La porte comprend un tympan représentant le jugement dernier, mais il est très mutilé. Les voussures devaient contenir les apôtres. Portail très harmonieux. L'abside qui abrite le trésor et le maître-autel est à 5 pans.

La Collégiale - Vue de loin Porte d'entrée de La Collégiale
La porte romane extérieure-ouest de l'église collégiale du XIIe siècle. Partie centrale à 5 arcades en retrait. Les moulures témoignent d'une influence saintongeaise.

Le cloître

En passant par la salle où se tient le Syndicat d'Initiative, on peut pénétrer dans le cloître qui est accolé au mur sud de la première nef de la Collégiale. Ce cloître date du XIVe siècle. Il comprend un préau reposant sur des colonnettes doubles, fort élégantes et légères.L'ensemble est gracieux et très ajouré. Dans le dallage et dans la cour centrale des sépultures d'anciens membres du chapitre. De même quelques sculptures dans les murs. L'harmonie de la construction ainsi que la finesse de la réalisation font de ce cloître un lieu de paix, de quiétude et de charme.

Le cloître de l'église collégiale
Le cloître de l'église collégiale datant du XIVe siècle. Un lieu calme et reposant. Les 4 galeries existent avec une largeur de 4,50 m. Remarquez les doubles colonnettes et les arcades en semi-ogives.

Porte donnant sur le cloître A l'intèrieur du cloître Le cloître de l'église collégiale
A l'intèrieur du cloître Porte allant vers la collégiale A l'intèrieur du cloître
Le cloître de l'église collégiale - InFo

Le cloître de l'église collégiale Le cloître de l'église collégiale Le cloître de l'église collégiale

Le clocher

Face à la très belle salle de l'Office du Tourisme, on découvre le magnifique clocher qui s'élève à 53,60 m. C'est le second de Gironde, après celui de Saint-michel de Bordeaux. (On ne visite pas l'intérieur). Il fut construit en plusieurs fois. La base est du XIIe siècle ainsi que le premier étage. Au XIVe siècle furent ajoutés les étages 2 et 3. La flèche est du XVe siècle.

Le clocher Le clocher Le clocher
Une vue générale de la cité avec le clocher qui domine l'église monolithe et la collégiale.
Admirer la chaleur des tuiles rouges.

L'ermitage

Il faut descendre par les petites rues tortueuses pour rejoindre le cœur du vieux village et mettre ses pas dans ceux du bon ermite. On ne retrouve pas la structure initiale, car la dévotion des visiteurs et les aménagements au cours des siècles ont modifié ce qui fut à l'origine une modeste cellule.Au XVIIe siècle elle reçut une restauration complète. On entre dans une chapelle en forme de croix latine, et on découvre la source qui incita l'ermite à demeurer en cet endroit. Des légendes accompagnent cette eau. Le lit du saint (?) forme une cavité rectangulaire. A droite la «cathèdre» de l'ermite, dans les murs quelques cavités sont des «armoires» tandis que l'autel est l'ancienne table du saint. La statue date de 1946, elle remplace celle qui existait et qui fut placée en la Collégiale. Cet ermitage plonge le visiteur dans un certain respect et oblige à repenser l'histoire des hommes.

L'ermitage
Le lieu central de l'Ermitage, derrière la balustrade rajoutée, salle rectangulaire où était placée la couche de l'ermite.

La chapelle de la Trinité

Au-dessous de l'ermitage a été construite cette chapelle de la Trinité. Elle compte une nef simple, une travée et un chœur recouvert par une voûte en ogives. A remarquer de beaux chapiteaux présentant du feuillage, et des peintures murales sous les voûtes de l'abside et du chœur. L'ensemble doit dater du XIIIe siècle. Du clocher en traversant la place des Créneaux, on peut découvrir l'ancienne chapelle du Chapitre. Actuellement : c'est le siège de la Société d'Archéologie, (on ne peut visiter). On y voit deux belles clefs de voûte, des chapiteaux ouvragés, des colonnes engagées. L'ensemble est aussi du XIIIe siècle.

La chapelle de la Trinité - Extèrieur La chapelle de la Trinité - Intérieur
Chapelle de la Trinité, datant du XIIIe siècle, elle fut destinée au doyen du chapitre. A remarquer l'abside à 5 pans coupés, clef de voûte représentant l'agneau pascal. Au sol, tombeaux.

Maison Bouquey et Grotte des Girondins

Cette maison bourgeoise date du XVIIe siècle. Elle fut certainement cossue. Elle appartient à l'Histoire de Saint-Émilion, car, demeure de la belle-sœur du conventionnel Guadet, elle abrita les députés girondins en fuite pendant un temps assez long. Dans la cour un puits, «le puits des Girondins», permet d'arriver à une grotte souterraine, ancienne carrière sans doute, où les fugitifs descendaient dès la moindre alerte. Deux cavités contigües reçurent les fugitifs. Les conditions de leurs séjours étaient très précaires et insalubres (voir article "La grotte des Girondins").

Maison Bouquey

Puits des Girondins

Maison gothique

A l'angle de la rue Guadet et des Girondins, on découvre une maison fort curieuse. On la nomme maison Gothique en raison de son aspect extérieur (on ne peut que contempler la façade). C'est une construction du XIVe siècle. Admirer le perron, les arcades, et sur la façade puis impasse Groulette des fenêtres ogivales géminées (voir article et photos "La maison gothique" rubrique Saint-Emilion).

Porte bourgeoise

En poursuivant vers le nord, on passe devant la salle des Dominicains, ancien couvent des Jacobins (ne se visite pas, voir article "Le couvent des Jacobins"). C'est au XIVe siècle que cet ordre, qui avait vu son monastère dévasté, obtint le droit de construire un nouveau bâtiment à l'intérieur des remparts. Le portail est svelte et régulier, il date du XVe siècle. C'est dans cette église que fut trouvée le Saint-Valéry qui siège maintenant dans la collégiale. Ce saint est le protecteur des vignerons. On arrive ensuite à la Porte Bourgeoise et au Palais Cardinal. La porte Bourgeoise est celle qui est placée le plus au nord de la ville. C'était l'accès régulier par «le guichet» pour entrer en ville. Construite au XIVe siècle avec les remparts, elle fut démolie pour faciliter l'urbanisme au XIXe siècle. Près de cette porte une très belle demeure bourgeoise, «le palais Cardinal». Elle fut la première résidence des doyens installées par Clément V. Le premier doyen fut son neveu Gaillard de Lamothe qui reçut le chapeau de cardinal en 1316, d'où le nom actuel. Admirer les croisées géminées à plein cintre avec colonnettes monolithes.

SaiNt-ÉmiLioN - Au alentour de l'ancien Porte bourgeoise Le Palais Cardinal

La grande muraille

Poursuivant plus au nord-ouest, on aperçoit les restes d'une grande muraille qui sont les ruines d'une ancienne église du couvent des frères prêcheurs bâti à la fin du XIIIe siècle. Vaste monument de 26 m de long sur 20 mètres de haut. Ces restes témoignent de l'importance et de la majesté de l'édifice entier. Très belles arcades ornées de moulures et à colonnettes. Ce couvent fut détruit, car construit en dehors des murs, par les troupes françaises à la fin du XIIIe siècle.

La Grande Muraille - 2007

SaiNt-ÉmiLioN - La Grande Muraille
«La Grande Muraille», à l'extérieur des remparts. Restes du Couvent des Cordeliers construit avant 1287, et détruit vers 1337, au cours des combats entre les troupes françaises et les Anglais.

Maison Guadet

Sur la route de Saint-Genès, une maison bourgeoise sans grand caractère redit le nom de Guadet, le conventionnel qui trouva quelques jours refuge chez ses parents. Actuellement maison des associations.

Maison Guadet

Les remparts, et les six portes

Si on est bon marcheur, il faut faire les 2 ou 3 kilomètres de remparts qui enserraient la ville. Par endroit il est intéressant de passer dans les anciens fossés, quand c'est possible, ou bien prendre les chemins de ronde afin de découvrir tout le panorama de la campagne environnante.En suivant par l'ouest on a une haute muraille qui conduit jusqu'à la porte Brunet, dite «de la Brèche» (voir article "La porte Brunet"). On se souvient que cette porte, attaquée par l'armée de Sully, fut détruite par une explosion qui fit une « large brèche ». A quelques pas, la «Tour du guetteur» (voir article sur "La tour du guetteur"), ainsi nommée car un soldat guettait jour et nuit l'arrivée des ennemis. Les remparts, à partir de là, sont détruits en de larges endroits. Au sud, vous découvrirez une construction qui fut l'éperon de défense de la porte Bouqueyre, sise avant sa destruction à l'endroit où est implantée une place ombragée. Un peu plus loin, trace de la porte Sainte-Marie qui indique le souvenir du premier ermitage de Saint-Émilion: Sainte-Marie-de-Fussignac.

SaiNt-ÉmiLioN - Plan Zodiaque

Face à cette porte, le quartier de « La Madeleine » avec son cimetière fort ancien, et les restes d'une modeste chapelle (voir article "Le cimetière de la Madeleine"). On remontera en suivant les remparts vers l'ouest où on voit les structures architecturales de constructions mais aussi de nombreuses caves tant... vinicoles que des champignonnières. On arrive à la porte Saint-Martin. Les reconstructions du XVe et XVIe siècles donnent un aperçu réel de ces fortifications. On passe devant la maison Malet-Roquefort, datant du XVIe et qui actuellement contient le Musée, riche du passé de Saint-Émilion qu'il faut absolument visiter. Face à la porte Saint-Martin un chemin conduit à la vieille église de Mazerat, qui fut paroisse jusqu'en 1790. On arrive ensuite à la porte des Chanoines, face à la Collégiale.

La porte Brunet
La porte Brunet ou «de La Brèche». L'une des 6 portes des remparts. Celle-ci placée au sud-est de la ville fut attaquée par les protestants avec Sully en 1580. Ils firent «une brèche», qui leur permit de prendre la ville.

Porte de la Cadène

Revenons à l'intérieur de la ville, à la porte de la Cadène. Elle doit son nom à une chaîne qui était étendue le soir pour isoler le centre de la cité... La rue est escarpée et la porte surplombe la rue formant arc. Elle date du XIIIe siècle au moins. A ses côtés, la maison à pans de bois est l'exemple de maisons du XVe ou XVIe siècle. Portail orné de torsades et de tête de monstres. Chaque élément doit être détaillé pour en savourer la beauté. La petite largeur de la rue ne permet pas toujours le recul nécessaire.

Porte de la Cadène Maison du XVe ou XVIe siècle - Porte de la Cadène

Maison du XVe ou XVIe siècle - Porte de la Cadène Maison du XVe ou XVIe siècle - Porte de la Cadène

Place du marché

La place du marché est un ancien cimetière. Le visage des différentes constructions est à remarquer. Vrai centre vital, cette place est le poumon de la cité.

Place du marché Place du marché - 2007

Couvent des Cordeliers

C'est en 1371, 140 ans après la fondation de l'ordre que les Frères Mineurs ou Cordeliers s'installèrent à Saint-Émilion. Bien que lieu commercial, il faut admirer le cloître et la chapelle.Le cloître est une merveille architecturale et de quiétude. Les deux côtés existants présentent 8 arcades reposant sur deux colonnettes géminées. Un élégant clocher orne la partie sud-est.La Chapelle date du XVe siècle. Elle ne comprend qu'une seule nef avec arc triomphal de grande qualité.

Couvent des Cordeliers - Vue de loin Couvent des Cordeliers Couvent des Cordeliers
Restes de la Chapelle du Clos des Cordeliers. Construite au XVe siècle, cette chapelle servit aux religieux jusqu'en 1789. Admirons les fenêtres de l'abside à pans coupés. A l'intérieur, colonnes sans chapiteau.

Le Cloître des Cordeliers
Le Cloître des Cordeliers dont on découvre les élégantes colonnettes sur 2 côtés. Il fut construit au XIVe siècle. L'une des merveilles de Saint-Émilion.

La Tour du Roi

Plus au sud, dominant des jardins, la «Tour du Roi» se détache dans l'horizon. Ce donjon ou «Tour du Roi» appartient à une ancienne forteresse qui fut élevée au XIIIe siècle sur la demande du roi Henri III d'Angleterre. Cette tour fut certainement le donjon qui dominait et le château et la ville entière. C'est une tour rectangulaire de plus de 9 m de côté, avec une hauteur de 32 mètres. Les murs ont 2,50 m de largeur et l'ensemble repose sur un solide rocher. Ce donjon roman fut hôtel de ville jusqu'en 1720. Actuellement, il est utilisé par la Jurade pour proclamer, aux sons des trompes, le ban des Vendanges (c'est-à-dire l'ouverture).

SaiNt-ÉmiLioN - La Tour du Roi
Le donjon du «Castel daou Rey», reste du château bâti sans doute au début du XIIe siècle pour affirmer la suzeraineté du Roi sur la juridiction, face aux Jurats de la commune. Très beau panorama. C'est de là que le Ban des Vendanges est proclamé à l'automne.

La Tour du Roi La Tour du Roi La Tour du Roi

La Tour du Roi Gravure dans la Pierre La Tour du Roi

SaiNt-ÉmiLioN - Ruelle avec vue sur La Tour du Roi

Couvent des Ursulines

Au sud-ouest de la tour, par une ruelle en escalier, on arrive au couvent des Ursulines fondé en 1630 pour l'éducation des jeunes filles. Une porte existe encore avec les restes de quelques pièces. La petite histoire raconte que c'est pour nourrir ses pensionnaires que la fondatrice Mademoiselle de Lacroix, utilisant une recette familiale, créa les célèbres Macarons, dont la tradition culinaire fut transmise après 1793 par une religieuse chassée, en peine de nourriture. Les macarons sont délicieux, c'est l'essentiel.

Ruelle donnant sur le Couvent des Ursulines Couvent des Ursulines Couvent des Ursulines

Couvent des Ursulines Couvent des Ursulines

La Commanderie

Face au couvent des Cordeliers sur la place Cap du Pont, une vieille maison porte le nom de «Commanderie», on suppose qu'en ce lieu devait être installée la garde de la ville ou la direction militaire. C'est l'une des plus anciennes maisons de la ville. Elle fut remaniée au XVe siècle. Elle faisait certainement partie d'une défense intérieure, peut-être avec la porte de la Cadène. On y remarque une tour de guet et un chemin de ronde. De ce lieu, belle perspective sur les petites rues enlacées de la ville. Dans les sous-sols il a été découvert de très nombreux silos. La tradition veut que la Commanderies ait été la demeure des Templiers. Retournons au cœur de la ville pour terminer par la pièce archéologique unique dans le pays et même en France.

La Commanderie La Commanderie - Vue de loin (sur la gauche)

SaiNt-ÉmiLioN - La Commanderie

L'église monolithe

Si vous n'avez que quelques instants à passer à Saint-Émilion c'est à l'église Monolithe qu'il faudrait les consacrer. Longue de 38 mètres, large de 20, on découvre une nef de 11 mètres de haut. L'ensemble doit provenir de grottes naturelles, peut-être utilisées dès la préhistoire, on découvre par endroits des silex éclatés, puis utilisées au VIIIe siècle par les premiers ermites, ensuite les moines élargirent l'ensemble jusqu'au début du XIIe siècle, époque où les religieux construisirent la Collégiale. C'est dire la vénération que l'on doit à ce monument et le fait que l'édifice est sous terre, le visiteur sent une certaine gravité et un profond sentiment religieux en ce lieu. La nef est entourée de deux bas-côtés de même importance, avec deux rangées de piliers, au nombre de 2 fois 5, souvent inégaux de forme et de taille.

SaiNt-ÉmiLioN - L'église monolithe
Les fenêtres de l'église souterraine vues de l'extérieur. 6 fenêtres sur deux étages, construites en même temps que le portail au XIVe siècle, et modifiées au XVe siècle pour celles du bas.

Porte d'entrée de l'Église monolithe
Porte d'entrée de l'Église monolithe, construite au XIVe siècle. Le tympan représente le Christ, entouré de la Vierge de Saint-Émilion et de 2 anges. Au bandeau inférieur la résurrection des morts.

Les voûtes sont en berceau. Il faut rendre hommage aux bâtisseurs d'une telle réalisation. L'autel se trouvait au fond sur un espace surélevé. On remarque des traces de peintures, sans doute du XIIe siècle. Cette église vendue comme bien national, servit de fabrique de salpêtre, ce qui a défiguré les parois. Comme le clocher que nous avons détaillé plus haut se trouve placé juste au-dessus, on peut voir le passage pour les cordes qui assurait la liaison avec les cloches. L'ouverture primitive était certainement sur le bas côté droit en entrant par la porte du XIIIe siècle. Sur le côté ouest de l'église, on rencontre «les catacombes», une cavité qui servit de lieu de sépultures, le tout fut saccagé au cours de la Révolution. Ce lieu dont l'ouverture est un puits, devait recevoir les ossements après sépultures. Ce ne fut jamais un caveau ou des oubliettes seigneuriales. Vu de l'intérieur, le puits correspond à une coupole supportée par trois piliers. Cette visite rend compte de la vie d'un village, au long des siècles. Le portail d'entrée date de la fin du XIIIe siècle, il présente un arc en tiers-point avec garniture de colonnes dépouillées de leurs statues. Le tympan représente le Jugement dernier.

L'intérieur de l'église monolithe
L'intérieur de l'église monolithe. On remarque les voûtes en berceau, creusées au IXe siècle et agrandies au XIIe. Remarquez la solennité de cette construction.


Découverte de la ville


Comme nous l'avons souligné avant de décrire les monuments de Saint-Émilion, on peut approcher la ville de plusieurs manières:

a) Le circuit militaire avec les remparts, puis la Tour du Roy, la porte de la Cadène, la Commanderie, La Maison gothique, la Porte Bourgeoise, le Palais Cardinal sans oublier l'éperon de la porte Bouqueyre, et le puits des Girondins.

b) Le circuit religieux avec l'Église Monolithe, l'Ermitage, la chapelle de la Trinité, le clocher, la Collégiale, le cloître les Jacobins et les Cordeliers avec petit détour vers la maison des Ursulines, et la Grande Muraille.

c) On peut aussi envisager une promenade chronologique, avec départ à l'Ermitage, l'église Monolithe, le Cloître et la Collégiale, ne pas négliger la chapelle de la Trinité et celle du Chapitre, la porte de la Cadène, puis la Tour du Roy ensuite revenir vers les Jacobins et les Cordeliers, passer à la maison Guadet, au puits des Girondins.

Les remparts étant visités à chaque passage de la découverte. Enfin celui qui se fie à des découvertes personnelles. Il suffit de prendre un plan et de se promener dans les petites rues et ruelles en observant maisons et devantures. Les façades de quelques maisons inviteront à pénétrer dans les monuments, et les lieux classiques termineront la visite. La promenade des remparts sera obligatoire.

Plan de SaiNt-ÉmiLioN SaiNt-ÉmiLioN - L'EPeRon De La PorTe BouQueYre (Sur le Parking)

Fêtes et animation

En juillet et août, exposition de peinture. En septembre, exposition artisanale dans le cloître de la Collégiale. Les « Grandes Heures de Saint-Émilion » mettent en contact la musique de chambre avec les richesses vinicoles. Presque tous les mois un concert est donné dans un château, avec dégustation.
Mais en aucun cas n'oublier de déguster les « Macarons» et de vous délecter du « cru Saint-Émilion ».

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23 février 2006

LeS ArMoiRieS De SaiNt-ÉmiLioN

LeS ArMoiRieS De SaiNt-ÉmiLioNIl est certain, de nombreux documents le prouvent, que la ville de Saint-Émilion a possédé des armoiries depuis une époque très ancienne (il en est fait mention dans le procès-verbal de la réception de Louis XIII à Saint-Émilion le 9 juillet 1621 - archives) jusqu'à la Révolution.
Dans une étude, fort bien faite, effectuée en 1927 par M. Duprat, ancien directeur de l’école communale de garçons, on relevait un certain nombre de sceaux d'une indiscutable authenticité, datant des années 1252, 1302, 1669, 1701 et 1751.
M. Georges Chailleau s'y associa, et c'est par l'intermédiaire d'une personne amie, habitant l'Angleterre, qu'un document daté de 1377 émanant de l'Hôtel de Ville de Saint-Émilion a été découvert au «Public Record Office» portant un sceau orné de «3 léopards passants».
La municipalité, les représentants qualifiés de la société historique et archéologique, du syndicat d'initiative, du syndicat viticole, mis au courant des recherches effectuées, s'y sont vivement intéressé, ce qui allait permettre de rendre à Saint-Émilion ses anciennes armoiries perdues depuis la Révolution.

C'est dans la séance du 2 septembre 1928 que le conseil municipal a fixé définitivement les Armes de Saint-Émilion qui furent soumises à l'homologation du Conseil des Sceaux au Ministère de l'Intérieur.

Le blason communal portera :

«De gueules au château donjonné de trois tours d'argent, maçonné de sable, ouvert et ajouré du champ, sommé d'un léopard d'or tenant dans sa patte dextre, une épée antique d'argent, au chef de France ancien à un Saint-Émilion à mi-corps de carnation, vêtu d'or, tenant de la dextre un bâton pastoral, de la senestre un livre, le tout d'or».

De plus, la cité de Saint-Émilion étant la filleule de Bordeaux, il fut suggéré d'ajouter un croissant dans le bas du blason pour que ces armes soient complètes.
Comme on le voit, les meubles de l'écu représentent les diverses étapes de notre petite ville : Le Saint du Chef assure au point de vue héraldique, la continuité des sceaux et armes de la ville qui s'est maintenue depuis 1252 jusqu'à la veille de la Révolution.
Il rappelle la fondation de Saint-Émilion et l'importance de ses établissements religieux, églises et couvents, aux siècles passés.
Le Château Fortifié symbolise l'ancienne commune du Moyen-âge, son indépendance un peu ombrageuse, sa valeur guerrière ; il évoque la vieille enceinte de fossés, de remparts et de tours, tout ce système de défenses militaires qui faisait de Saint-Émilion une des places fortes les plus puissantes du Bordelais lors de la domination anglaise.

«Aujourd'hui, la ville a dénoué sa ceinture de pierres et se repose en paix de ses antiques travaux, mais ce sont les vestiges de ses murailles et ses fossés creusés dans le roc qui contribuent le plus à lui donner son caractère pittoresque et si émouvant».

Le château est sommé d'un léopard en souvenir de l'occupation anglaise et de l'attachement de Saint-Émilion aux rois d'Angleterre, ducs d'Aquitaine, dont l'administration bienveillante fut douce à nos pères en ces temps troublés.

Ainsi toute l'histoire de la «Première filleule de Bordeaux» revit dans son blason.

C. G.

23 février 2006

SaiNt-ÉmiLioN et Ses Personnages

Saint-Émilion, ermite du VIIIe siècle

Émilion, ou Emilianus était un breton originaire des environs de Vannes. Très vite il eut le désir de la vie religieuse. Devant la renommée de ces actes, il s'expatria vers la région de Saintonge, mais c'est la solitude qui l'attirait, aussi se dirigea-t-il vers la forêt près de la Dordogne.

Il vécut en ermite dans la région qui porte actuellement son nom. Des adeptes le rejoignirent, si bien qu'il vint vivre au centre du village dans un ermitage, que l'on visite encore, et il créa un lieu de culte dans une église souterraine.

Ses disciples durent observer la règle de Saint-Benoît. Saint-Émilion meurt en 767 au temps de Waïfre. Il fut enterré dans l'église monolithe. Son exemple et ses vertus en firent un modèle, et les gens qui vinrent l'écouter, développèrent le village naissant qui prit bientôt le nom de l'ermite.

Elie Guadet, le conventionnel

Élie GuadetElie Guadet est né à Saint-Émilion, le 20 juillet 1755. Il devint avocat. Âgé de 34 ans au début de la Révolution, il s'intéressa de suite aux affaires publiques. Élu à la Législative, puis à la Convention, il se fait remarquer par ses idées modérées. Mis en accusation en septembre 1793, il doit fuir la capitale. Obligé de trouver refuge, il revient dans son pays et c'est dans la demeure familiale qu'il se cacha avant d'être recueilli par sa belle-sœur, ou de vivre reclus avec ses compagnons d'infortune dans une grotte où on n'accède que par un puits -dit «puits des Girondins»-. Arrêté, il sera condamné à Bordeaux et guillotiné le 18 juin de la même année. Six membres de sa famille subirent le même sort.

L'abbé Daniel Bergey, curé-député

L'abbé Daniel BergeyL'abbé Bergey, natif de la région de Lesparre se prépara tôt aux ordres religieux. Prêtre en 1904, il arriva à Saint-Émilion en 1906 où il devait rester jusqu'à sa mort en 1950. Il fit la guerre de 14-18 comme aumônier militaire, et sa bravoure lui valut la Légion d'honneur.

Dès son retour, il s'engage dans l'action catholique naissante, de même qu'il participe à la défense des prêtres anciens combattants. Très populaire et tribun reconnu de tous, il fut élu député en 1924 avec 30 000 voix de plus que le chef de liste G. Mandel. Réélu en 1928 avec 56% des voix, il s'attacha à défendre la liberté sous tous ses aspects.

En 1925, il prend la parole en gascon à l'occasion des fêtes des Félibrées. Non élu en 1932, il poursuivit avec dévouement sa charge de pasteur.

Interné politique de 1944 à 1946, il s'éteignit en 1950 dans son presbytère.

La municipalité a élevé un buste, en son honneur, sur la place face à l'Église.

23 février 2006

SaiNt-ÉmiLioN D'HieR à AuJourD'Hui

Saint-Émilion - Carte dessinée par Cassini au XVIIIème siècle
Carte de Cassini

Rares sont les sites en France, qui peuvent rassembler, en un même lieu, autant de manifestations du génie des hommes, que Saint-Émilion. Mondialement connu pour son nectar merveilleux, le vin, c'est aussi une ville sanctuaire avec des monuments archéologiques bien spécifiques : église souterraine, clos des Cordeliers, clocher original, église romane, sans oublier son «château du Roi» ou sa «Grande Muraille». C'est aussi la patrie de trois hommes de grand renom: un ermite qui a laissé son nom à la ville, un conventionnel qui y vécut, reclus, avant d'être pris et exécuté, enfin un curé, élu député, et dont les discours populaires en firent un véritable tribun.

Bâti sur un éperon calcaire

Vue sur Saint-ÉmilionQuand on arrive en vue de Saint-Emilion, par la route qui serpente au sud de la ville, on est surpris de voir les maisons accrochées sur le coteau, avec un clocher ajouré qui domine sur l'horizon. Saint-Emilion est bâtie sur un terrain calcaire que la rivière Dordogne ceinture très largement au sud et à l'ouest, comme pour lui faire un rempart protecteur. Cette situation n'a pas échappé aux premiers hommes et aux habitants venus s'y installer au cours des siècles. Saint-Emilion ne peut pas se découvrir au pas de charge, il faut la parcourir avec patience et beaucoup d'affection. Il faut admirer l'ensemble des maisons avec leur toit de tuiles rouges, les petites venelles en pente et pavées, les façades ouvragées et les monuments remarquables. Nous allons dresser une chronologie historique de son évolution avant de découvrir ses richesses archéologiques.

Peuples des temps préhistoriques

On sait que les hommes de la préhistoire, venant de l'Orient voyageaient principalement par les voies d'eau. Leurs installations se faisaient dans des abris rocheux, utilisant les grottes et cavités naturelles que l'eau avait creusées. A Saint-Emilion, placée sur une butte calcaire, sans doute creusée par les différents niveaux d'eau et le cours des rivières en déplacement, les hommes y trouvèrent, au cours de leurs pérégrinations, des habitats et des lieux protégés. Il faut se rappeler que l'homme devait s'opposer aux animaux dans un milieu très verdoyant et boisé. La première trace que nous possédions de l'occupation des terres de Saint-Emilion, par l'homme, date du paléolithique à la période acheuléenne. A cette époque, la vallée de la Dordogne était une voie de circulation facile. Le long de ses bords de nombreuses traces d'occupation humaine ont été découvertes. On retrouve encore des traces humaines, un peu plus tard dans le temps, avec l'époque Magdalénienne, avec la présence de haches de pierre, en particulier dans la grotte de Fongaban. Furent-ils nombreux à vivre en ces lieux? Quelques familles ou quelques individus? La présence de pierres taillées indique une occupation prolongée. Un peu plus tard, au Néolithique, on découvre des objets dans le quartier de Saint-Martin-de-Mazerat. Du temps du bronze ancien, on a découvert une hache plate à bords droits. Bien d'autres traces doivent exister de-ci de-là. Avec ces découvertes, on comprend la suite de l'occupation humaine sur ce territoire. Si le mégalithique n'a pas laissé de trace sur la commune, il faut signaler dans une commune voisine, à Saint-Sulpice-de-Faleyrens, un très beau menhir, fort élégant.

Au début de notre ère, les romains vinrent.

C'est vers 56 av. J.C. que les armées romaines investirent l'Aquitaine, et en deux campagnes, toute la région reconnut le pouvoir de Rome sur les cités et villages. Dès 27 av. J.C. la province semble organisée, mais il faut attendre vers 275 pour que les légions de Valierus Probus soient chargées de défricher toute la région de Cumbis, nom primitif de Saint-Emilion, qui n'est pas sans rapport avec «les combes», ces cavités naturelles du sol. Ces légions avaient deux missions: abattre la végétation trop prolifique et planter de la vigne, avec des cépages Phocéens, en lieu et place des plants sauvages. Les armées romaines séjournèrent, et leur présence est attestée par des pièces de monnaies découvertes en 1766. Elles sont à l'effigie de Valérien, Aurélien et surtout Tétricus, vivants au 3e siècle de notre ère. Tétricus fut empereur des Gaules et il reçut la pourpre impériale à Bordeaux. En 1970, des fouilles dirigées par le professeur Gautier ont permis de mettre à jour un vaste ensemble de 17 salles dont 9 possédaient un sol en mosaïque. Cette vaste villa romaine est située au lieu dit «Le Palat». Aucun monument de surface ne date de cette époque. Par contre il est remarquable que depuis 2000 ans des vignes produisent ce vin qui de tout temps fut déclaré «merveilleux». Un vin dont le nom se confond avec le terroir. A cette période, la vie de Saint-Emilion est illustrée par celle du poète Ausone, que l'on retrouve en bien des points de l'actuelle Gironde. Il possédait un château -simple demeure- à Saint-Emilion et une propriété à Lucaniacus, très proche de la ville. Le sous-sol de la ville contient de très nombreux vestiges fractionnaires: tuiles à rebord, poterie ou mosaïques.

Au Ve siècle, les envahisseurs passent et saccagent

Les mêmes chemins conduisent les mêmes hommes avides de conquêtes. Le fleuve Dordogne avait conduit les préhistoriens, puis les romains. Au Ve siècle, ce sont les armées venant du nord qui s'installent en Aquitaine et en particulier dans la région florissante de Saint-Émilion. On peut citer les Goth, et les Alains. Ils abordaient la région avec un esprit conquérant, s'appropriant tout ce qui est sur leur passage et saccageant le reste. On est au début du Ve siècle. A Saint-Émilion, il y a peu à détruire, mais la région est riche. C'est aussi à cette époque que le christianisme fait des progrès. Quittant les cités urbaines, la religion s'installe dans la campagne. Dès le VIe siècle la doctrine de Saint-Benoît, né au Mont Cassin en 480, se propage et les moines évangélisateurs se déploient sur l'ensemble du monde rural. On ne sait quand ils arrivèrent à Saint-Émilion, mais leur présence est incontestable, dès le VIe siècle. Un autre grand événement sera la venue d'un ermite breton, Émilion, qui recherchait la solitude, après une expérience monastique près de Royan. Attiré par le calme, il découvre la région de Saint-Émilion avec sa forêt et les cavités souterraines de son sol. Il s'y installe et bientôt, des disciples se joignent à lui. Son ermitage devient un centre d'évangélisation, avec l'observation de la règle monastique de Saint-Benoît. Autour de ce lieu de prière, le village s'agrandit et la ville se développe. La cité va bientôt occuper une place de choix sur ces bords de la Dordogne. Émilion meurt au VIIIe siècle et est enterré dans ce qui est actuellement l'église monolithe. La cité prend son nom un peu plus tard, semble-t-il.

Au VIIIe siècle, les Sarrazins passent et détruisent

On suppose qu'en 732, les Sarrazins, ces hordes venant d'Afrique, via l'Espagne, traversèrent la région de Saint-Émilion, elles détruisirent ce qui prenait corps, c'est-à-dire le monastère des Bénédictins. Saccagé, les moines ne purent entreprendre sa reconstitution que lorsque tout danger fut écarté. C'est à-dire après la victoire de PoitiersCharles Martel, au côté duquel on trouve le duc d'Aquitaine Eudes, fut vainqueur, et que les Sarrazins retrouvent le chemin de leur pays. Dès le XIe siècle, les moines relèvent leurs ruines et tentent de retrouver les fondements apostoliques de leur ordre. Durant cette période incertaine, les moines avaient pris des habitudes peu canoniques. C'est aussi à cette époque que le pouvoir civil veut faire sentir son poids en construisant un donjon dans la ville naissante. En 1110, l'évêque de Bordeaux Arnaud Géraud, organise un chapitre de chanoines réguliers, de l'ordre de Saint-Augustin, avec des moines venus du Limousin. La découverte de trésors monétaires, confirme la puissance économique de la ville. On a trouvé dans le cours du siècle, des «tiers de sous d'or» à l'effigie de Pépin sans doute duc d'Aquitaine. La découverte a été faite dans le sol de l'église monolithe. Dans une vigne, on a trouvé un pot d'argile noire contenant plus de 200 pièces «oboles et demi-oboles» de l'époque de Louis-le-Pieux et de Charles-le-Chauve, soit du IXe siècle. Les normands durent saccager cette bourgade, comme bien d'autres cités d'Aquitaine et de France. Le fait n'est pas attesté matériellement. Par contre on apprend par différentes chroniques que les seigneurs voisins provoquèrent des destructions, comme par exemple Olivier de Castillon, qui, en 1080, détruisit et spolia les lieux et biens ecclésiastiques. L'archevêque de Bordeaux dut intervenir, car de plus les règles monastiques s'étaient encore une fois bien relâchées. Le monastère ainsi restauré, le pape Adrien II le dota de revenus glanés dans la région.

Au XIIe siècle Renouveau et développement

Au XIIe siècle, les moines redonnèrent un développement important à la vie religieuse, ce qui s'est accompagné, dans la contrée, par l'édification d'églises. Les moines, quittant l'église souterraine, édifièrent un nouveau sanctuaire, où nous voyons l'église paroissiale actuelle. Une Église romane à une nef, à proximité des remparts, devint la Collégiale. C'est aussi à la même époque que la cité, prenant de l'importance, eut besoin de s'abriter derrière des remparts. Avec 2 kilomètres de fortifications et 6 portes, la cité prenait des allures de forteresse. Chaque porte était défendue par des tours et une défense avancée. L'abbé du monastère possédait des droits sur l'ensemble du territoire. Le grand changement va s'opérer avec le mariage d'Éléonore de Guyenne épousant l'héritier du trône d'Angleterre Henri Plantagenêt, en 1152. Beaucoup de cités voulurent acquérir des droits publics et après bien des demandes, c'est Jean-sans-Peur qui signa le traité de Falaise, accordant à Saint-Émilion le droit d'être commune avec maire et jurats, le 8 juillet 1199. Par cet acte, la cité acquit une autorité administrative, militaire, judiciaire et financière, lui donnant un goût de liberté. Cette période s'accompagne d'un renouveau religieux avec l'installation des Jacobins, et des Cordeliers. En 1205, le Roi de Castille Alphonse VIII, s'avance en Aquitaine jusqu'aux portes de Saint-Emilion. 

La vie au temps des Anglais

Comme nous l'avons dit plus haut, c'est Éléonore de Guyenne qui a apporté dans sa corbeille de mariage, le duché d'Aquitaine à Henri Plantagenêt. Celui-ci devint roi d'Angleterre deux ans après, soit en 1154. De là, date la dualité franco-anglaise qui va se manifester par des combats successifs et des opérations militaires répétées. En 1224, le Roi de France, Louis VIII occupe Saint-Emilion, ayant à ses côtés Savary de Mauléon, seigneur poitevin. Il permet aux habitants de conserver leurs murailles «la clôture» et confirme la charte de 1199. Deux ans après, les anglais sont de nouveau maîtres de la ville. En plus de la ville, sept paroisses sont dévolues avec droits de basse, de moyenne et haute justice. Seuls lui manquent le pouvoir de battre monnaie et le droit de peine de mort. En 1230, les jurats obtiennent la garantie de la libre circulation des vins. Le maire de Saint-Émilion se rend en 1241 à Pons pour y rencontrer le Sénéchal de Gascogne revenu depuis peu d'Angleterre. Plusieurs communes font la même démarche afin d'obtenir aide. En 1243, pour remercier la cité d'être restée fidèle à la couronne d'Angleterre, Henri III vient visiter la ville. En 1289, Édouard 1er octroie de nouveaux privilèges et fixe les limites des faubourgs de la ville. En 1280, l'abbé de Saint-Emilion est élu archevêque de Bordeaux. En 1293, Philippe IV de France reprend la ville. Devant cet état, des commerçants quittent la ville et se retirent à Londres sous la protection anglaise. Ils y resteront jusqu'en 1299. La ville ne fut rendue à la couronne d'Angleterre qu'après la Paix de Paris en 1303. Cette restitution eu lieu dans la Collégiale, en présence du duc de Lincoln. En 1306, le pape Clément V, pape d'Avignon, natif d'Aquitaine, sécularise le corps des chanoines et constitue un chapitre avec à la tête un doyen. Le premier titulaire sera un neveu du pape, Gaillard de Lamothe, nommé quelques années après Cardinal. En 1308, le pape viendra lui-même à Saint-Émilion, à l'occasion d'un voyage en Aquitaine.

XIVe et XVe siècles sanglants

Tout le XIVe siècle est jalonné par des faits semblables, et à chaque changement de gouvernants, si les droits des habitants sont sauvegardés, le patrimoine monumental est en partie détruit. Il faut aussi ajouter que les seigneurs voisins, tels les vicomtes de Castillon, profitent de la faiblesse des villageois pour piller et s'approprier force butin. En 1337, les français reviennent à l'assaut avec Raoul comte d'Eu. Les anglais annexent la ville et soutiennent le siège jusqu'en 1341. En 1377, le comte d'Anjou, assisté d'un chef prestigieux Du Guesclin, occupe une nouvelle fois la ville. Et après chaque attaque les habitants sont obligés de consolider les fortifications. Succès anglais et succès français vont encore se succéder. En 1379, Saint-Emilion devient l'une des filleules de Bordeaux avec cinq autres villes de l'actuel département de la Gironde. Un traité de défense devait être signé avec aide aux petites cités, en cas d'agression. Il faut attendre la bataille de Castillon en 1453 avec la défaite de Talbot, pour que la situation devienne plus calme. Mais hélas! la ville, les commerces et les monuments avaient beaucoup soufferts des combats. Charles VII, roi de France, vainqueur des Anglais, enlève les avantages acquis par les cités libres, afin d'éviter toute reprise d'indépendance. Ce n'est qu'en mai 1456, que Saint-Émilion retrouvera une partie de ses privilèges et des droits pour son commerce. En 1469, les jurats font un constat: «la ville qui avait Deux à Trois mil feux, n'en contient plus que 200» - 90% de perte-. Louis XII approuvera de nouveaux statuts municipaux en 1498. Pour montrer l'importance de Saint-Émilion, il faut souligner qu'en 1501, la peste dévastant Bordeaux, les jurats de la capitale vinrent se réfugier à Saint-Émilion. François 1er confirma en 1515 les libertés communales; ainsi les jurats purent entreprendre la consolidation des fortifications en 1540.

Au temps des luttes protestantes

Saint-Emilion ne fut pas épargnée par les luttes religieuses qui opposèrent catholiques et protestants. Dès 1561, une église réformée existe avec un certain nombre d'adeptes. L'un deux, Arnaud Monier fut condamné au bûcher, avec un jeune homme de Libourne, et brûlé vif à Bordeaux en 1556, pour cause d'hérésie. En 1562, les troupes françaises occupèrent militairement Saint-Émilion et la vallée de la Dordogne, afin d'éviter des débordements protestants. En 1563, les huguenots surprirent la ville et saccagèrent les églises. Dès l'alerte donnée, les moines firent tout pour sauver les biens précieux qu'ils possédaient, en particulier les reliques de Saint-Émilion qu'ils transportèrent à Fronsac. En 1568, ce sont les troupes de Montluc qui investissent le pays et ne quittèrent leur conquête que contre une rançon de 1600 écus. Les années se suivirent et les dévastations causées tant par les catholiques que par les protestants firent toujours autant de préjudices. En 1580, c'est la troupe de Sully qui investit les remparts y occasionnant une brèche. Le nom est resté dans une porte actuelle. Saint-Émilion reconnu Henri de Navarre pour roi, celui-ci confirma les droits et privilèges de la commune. Louis XIII visita Saint-Émilion en 1621. Au long du XVIIIe siècle, la grande préoccupation de la population fut la défense de la liberté municipale, remise en cause par les rois. Dans les cahiers de doléances de 1789 une revendication portait sur l'élection des jurats, en place de la nomination par l'autorité du Roi ou de son Sénéchal.

Au temps de la Révolution

Le seul événement de cette période fut l'affaire Guadet. Élu député à la Convention, mis en minorité par le parti au pouvoir, Elie Guadet sut que sa personne était recherchée pour la guillotine. En septembre 1793, il quitte clandestinement Paris pour la Normandie avant de rejoindre sa famille à Saint-Émilion où il retrouve d'autres exclus de la Convention comme lui: Salles, Louvet, Vlady, Pétion, Buzot, Aubert et Barbaroux. Après des séjours mouvementés dans des soupentes, des greniers ou des cavités souterraines, Guadet est arrêté et conduit le 17 juin à Bordeaux où il fut guillotiné le lendemain. Tous ses amis subirent le même sort, sauf Louvet qui put rejoindre Paris. C'était quelques jours avant le 9 thermidor, avec un peu de chance ils auraient eu la vie sauve. Durant la Révolution, pour sacrifier aux idées nouvelles, la ville prit le nom de « Émilion-La-Montagne ». Depuis ce temps les guerres nationales et mondiales ont fait leurs ravages en hommes. Saint-Émilion reste fier de son passé et de son patrimoine.

De nos jours 

Depuis le début du siècle, il faut noter deux faits marquants très différents. En 1924, le curé d'alors, l'abbé Bergey, très engagé dans la défense des prêtres anciens combattants, se présente aux élections législatives sur la liste dirigée par G. Mandel le bordelais. Il est élu premier avec 3000 voix de plus que le chef de liste. Il sera réélu en 1932. C'est une figure que Saint-Émilion vénère. En 1925, les fêtes des Félibrées se déroulent à Saint-Émilion avec un faste royal, à cette occasion, le curé Bergey donne un sermon en langue gasconne. En 1932, c'est à Saint-Émilion que la première cave coopérative vinicole est créée dans le but d'aider les petits propriétaires dans la commercialisation de leurs récoltes face aux grands Crus. Dans ce même domaine, c'est en 1953 qu'intervînt un nouveau classement des vins, remplaçant celui du siècle dernier. Saint-Emilion, village riche de son patrimoine et de son terroir, sait mettre en valeur ses deux richesses, et si les fortifications n'ont plus guère d'utilité, elles sont présentes pour témoigner du passé. Et de ces remparts on découvre avec plaisir ces pièces de vignes où en octobre il fait bon sentir les vendanges. A chaque saison, Saint-Émilion offre un visage différent qu'il faut savoir savourer et contempler.

27 janvier 2006

L'éGLisE SaiNt JeAn-BaPtisTe

Clochet de l'Eglise St-Jean Clochet de l'Eglise St-Jean
Eglise inscrite aux monuments historiques le 09 mai 1997

Rappel historique

L'église Saint-Jean Baptiste telle qu’elle apparaît dans son architecture actuelle n’est pas une église très ancienne. Les nombreuses transformations et aménagements successifs au cours des âges en ont fait cependant le bel édifice actuel.

Au XIème siècle, existait déjà un village du nom de Fozera situé entre la Dordogne, l’Isle et la Magna Careyra (ancienne voie romaine qui emprunte la rue Thiers actuelle). L’église de ce village, sanctuaire d'origine était connu sous le nom de Saint Jean de Fozera (saint jehan). Cette église fut donnée au monastère de Saint-Emilion en 1110.

Jusqu'au XIIIème siècle, la paroisse conserve le nom de Fozera. Elle devient Libourne en 1270, sous la domination anglaise après le remariage d’Aliénor d’Aquitaine avec Henri Plantagenêt. Sur son ordre il est construit une ville au tracé régulier une bastide entourée de solides remparts dont le centre est une place entourée de passages couverts. L’église Saint Jehan existant antérieurement, elle n’occupe pas comme dans les autres bastides un angle de la place principale. Mais lorsque Libourne se sera développée, une église gothique Saint Thomas sera élevée (et détruite au XVIIIème siècle) et qui occupait la place du marché couvert actuel (plan ci-dessous).

LiBoUrNe - Église Saint-Thomas

Les modifications au cours des siècles

A l'origine, elle n'avait qu'une nef d'environ 20 mètres de long sur 7 mètres de large. Ce sont les dimensions conservées pour les plus anciennes églises de l'arrondissement. L'église fut agrandie au début du XIIIème dans le style gothique en ajoutant 2 doubles bas cotés et en portant le chevet à 23 m plus à l'est. Les petites nefs furent divisées en 7 travées par des murailles devant correspondre aux piliers projetés et destinées à servir d'appui aux arcades des voûtes des nefs moyennes. Cet édifice fait désormais environ 60 mètres sur 20, terminé par une abside, couvert d’un toit en bâtière surmonté d’un clocher carré. Ces travaux s’échelonnent sur une vingtaine d’année et à leur terme, l'église fut alors dédiée à St Jean-Baptiste.

En 1427, un tremblement de terre secoue fortement l’église et son clocher, qui nécessitent d’importantes réparations. Le cimetière, quand à lui, est signalé en confront de plusieurs lots en 1459. On peut penser qu’il occupait un espace identique à celui représenté sur un plan du XVIIIème siècle, soit environ 0,7 ha sur les 32 que comptait la bastide.

En 1793, l’église Saint Jean devient le temple de la raison.

LiBoUrNe - Église Saint-Jean XVIIIème siècle

Les modifications au cours des siècles

En 1836, l’église est restauré mais le résultat devait faire disparaître tout ce qui datait du XIIème siècle et contrastait horriblement avec le style de l’intérieur de l’église. Devant l’émotion de la population, de nouveaux travaux sont donc entrepris. Les murs qui séparaient les chapelles ont été percés de portes en ogive afin de faire des galeries. Ces galeries furent achevées au commencement de 1838. Les murs du sanctuaire furent ornés de boiserie en chêne, parties à jour et chargées d'arabesques en reliefs. Le chœur fermé des 2 cotés par des boiseries du même style avec stalles dont une maîtresse de chaque côté ayant dais et pinacle.  Les fenêtres du chœur, jusqu'alors murées, ont été rouvertes  pour placer des vitraux : ils rappellent  les principaux épisodes de la vie de St Jean-Baptiste : leur auteur est De Nozan, qui a peint ceux de St Germain l'Auxerrois. Ces vitraux ont été repeints par Villiart en 1876. L'ancienne sacristie nord a été transformée en une chapelle du Sacré Cœur éclairée par 5 fenêtres à un meneau et fleurons. Ces ouvertures ont été ornées en 1853 de vitraux peints Villien de bordeaux. L'autel fut remplacé par celui que nous voyons aujourd'hui et béni le 18 mars 1845.

LiBoUrNe - Église Saint-jean au XIXème siècle

Vitraux et tableaux

Les vitraux de la fenêtre du milieu du chevet représentent le Bon Pasteur et la Vierge Marie portant l'enfant Jésus au-dessus dans le fleuron, le Père Éternel, dans celle de droite Saint Jean l'évangéliste et Sainte Madeleine, et dans celle de gauche Saint Pierre et Saint Augustin.

Au-dessus de la porte de l'une sacristie, "le retour de l’enfant prodigue" a été figuré. Dans une chapelle du bas-côté Ouest, les vitraux permettent de reconnaître Saint Just et Saint Roch. Cet ensemble date de 1859. Il offre un bel exemple de l'art du vitrail.

Quelques tableaux ornent l'église : "Madeleine au pied du Christ" par Prud'homme (XVIIIème) conservé dans la sacristie et "Saint François et Mme de Chantal" par Sovée (1807). Un autre tableau "le Christ chassant les vendeurs du temple" a été transféré et restauré au musée des Beaux-arts de Libourne.

Intèrieur de l'Église Saint-Jean

Les orgues

En 1852 fut décidée l'acquisition d'un premier jeu d'orgue, qui fut remplacée en 1854 par un instrument plus important œuvre du facteur bordelais Wienner. Certaines imperfections furent remarquées, que l'on essaya d'améliorer mais l'instrument se dégrada .En 1951, la maison Beuchet-Debierre fut chargé d'une restauration très importante qui aboutirent au très bel instrument actuel.

Le clocher

Le clocher actuel a été construit de 1855 à 1859. Les nouvelles cloches pèsent respectivement 3500, 2000, 1050, 420 et 250 kilogrammes. Elles donnent un accord de La mineur. Elles ont été bénites le 18 mars 1872 par le Cardinal Donnet, archevêque de Bordeaux.

Extèrieur de l'Église Saint-Jean Sommet de l'Eglise Saint-Jean

La lanterne des morts

La Lanterne des morts se situe contre le mur du chevet de l'église Saint-Jean-Baptiste. C'est la petit tour qui se trouve derrière et contre l'église dans lequel au crépuscule, on hissait, souvent avec un système de poulies, une lampe allumée, supposée servir de guide aux défunts.
"Fanal" du XIVe siècle reconstruit entre 1835 et 1855, comme l'ensemble de l'église à l'exception du coeur.

Lanterne des morts de l'ancien cimetière

Lanterne des morts de l'ancien cimetière

21 janvier 2006

LeS FoRTiFicAtiOnS De LiBoUrNe

La majorité des vingt-deux témoins qui, entre le 16 décembre 1486 et le 03 janvier 1487, comparurent devant Bernard Tustal, conseiller du roi chargé de l'enquête sur les privilèges de Libourne, convint que celle-ci était "une belle ville", "de grande étendue", "fermée de murailles", lesquelles se trouvaient être "de grand circuit, de demi lieue française ou environ", et "de grand édifice". De la part d'habitants de Libourne comme de personnes originaires de villes et de régions voisines (Bordeaux, Sainte-Foy-la-Grande, Bergerac, La Réole, Limoges, Angoumois et Périgord) l'unanimité ainsi affichée devant l'officier royal n'était pas une attitude de façade, feinte pour la circonstance mais parait plutôt relever d'un sentiment largement partagé, attendu qu'il s'agissait pour eux "d'une chose vue et notoire".

Abritée derrière quelque 2200 mètres de murs, la bastide offrait l'aspect d'un polygone irrégulier de 800 mètres de long du nord au sud, depuis la tour de Grenouiller jusqu'à la porte Saint-Emilion, et de 600 mètres de large d'est en ouest, entre les portes de Périgueux et de Bédignon.

LiBoUrNe - Plan des fortifications 1459-1486

L'espace ainsi enclos couvrait environ 32 hectares. Considérée du point de vue du périmètre des murailles et de la surface intra muros, Libourne se situait loin derrière Bordeaux, dont l'enceinte du début du XIVe siècle, longue de plus de 5 500 mètres, entourait 170 hectares. Elle se plaçait en revanche nettement devant Bourg (17 ha), Bazas (15 ha), Sauveterre-de-Guyenne (13 ha) et Saint-Emilion (10 ha). Parmi les villes des diocèses de Bordeaux et de Bazas, seule La Réole la dépassait avec une troisième enceinte, construite au Xème siècle, longue de plus de 2 400 mètres et enserrant une superficie de l'ordre de 40 hectares.

 

I. UNE CLÔTURE TARDIVE ET INACHEVÉE À LA VEILLE DE LA GUERRE DE CENT ANS.


Jean-Paul Trabut-Cussac
a démontré, dans un article consacré à la construction des remparts de Libourne, que la bastide avait été fortifiée de façon tardive ("La construction des remparts de Libourne", dans Revue historique de Bordeaux, tome III, 1954, p.179-199). La charte de franchises octroyée en 1270 par le prince Édouard, lors de la fondation de la bastide, précisait les privilèges politiques et économiques accordés aux "bourgeois présents et à venir". Elle ne contenait en revanche aucune allusion relative à l'édification et à l'entretien des défenses. Au début des années 1280, alors que la ville neuve amorçait son essor, le maire et les jurats se préoccupèrent de la faire enclore. Ils s'adressèrent au roi-duc, mais n'obtinrent des subsides que le 04 juin 1289, date à laquelle Édouard 1er leur abandonna pour sept ans tous les revenus de la couronne ordinairement perçus dans la ville par le connétable de Bordeaux. Il s'agissait du produit des droits de douane, également appelés coutumes, prélevés par l'administration anglo-gasconne sur les marchandises qui, par l'Isle et la Dordogne, entraient dans le port de Libourne et en sortaient, ainsi que des cens acquittés chaque année par les détenteurs de parcelles bâties et non-bâties mouvant du roi-duc dans Libourne. Cet argent fut employé par la municipalité au pavage des rues et non à l'édification des défenses, de telle sorte qu'en 1292 le maire et les jurats sollicitèrent l'autorisation d'établir un octroi à l'entrée de la ville. Édouard 1er la leur accorda, le 15 juillet 1292, pour une durée de six ans.

 

A la fin du XIIIe siècle, Libourne restait une ville ouverte, ou du moins ses défenses n'étaient pas assez avancées pour lui éviter d'être prise et mise à mal par un parti français. Les faits nous sont connus de façon indirecte. Vers 1303-1305, les Libournais adressèrent une pétition à Édouard 1er, dans laquelle ils lui exposaient que la ville avait été détruite par les "ennemis, en temps de la guerre". Ces destructions furent le fait des Français, qui occupèrent le duché d'Aquitaine de 1294 à 1303. Jean Paul Trabut-Cussac les a situées au début de cette occupation. Il paraît plus vraisemblable de les placer après janvier 1303, date à laquelle les Bordelais donnèrent le signal d'une révolte qui contraignit les troupes du roi de France à évacuer précipitamment la plus grande partie du duché. La requête du maire et des jurats de Libourne priait Édouard 1er d'agir afin que ses "gents puissent plus sûrement... demeurer en la dite ville". Pour permettre le relèvement de la bastide, ils sollicitaient l'octroi de trois foires annuelles et l'exemption de tous péages dans l'Entre-Dordogne. Le roi-duc ordonna au sénéchal de Gascogne de faire droit à ces requêtes.

Édouard II succéda à son père en 1307. En 1311, le maire et les jurats, qui travaillaient toujours à l'édification des fortifications, profitèrent de la venue en Gascogne des deux enquêteurs royaux, le comte de Richmond et l'évêque de Norwich, pour rappeler les destructions commises par les Français. Ils sollicitèrent, en vain, une nouvelle aide financière. Les requêtes adressées en 1314 et en 1320 au roi-duc ou à ses représentants pour obtenir des subsides n'eurent aucune suite. Lorsqu'en 1324, le différend franco­-anglais à propos de Saint-Sardos fit peser sur le duché d'Aquitaine la menace d'une nouvelle attaque française, les Libournais s'alarmèrent. Les travaux de défense de la ville devaient cependant être suffisamment avancés pour que, comme l'a fait remarquer Jean-Paul Trabut-Cussac, Edmond de Kent, demi-frère d'Édouard II, que celui-ci avait dépêché en Aquitaine, approvisionne Libourne en hommes et en matériels, lui reconnaissant ainsi une valeur stratégique. Avec Blaye, Bourg, Fronsac, Saint-Emilion et Castillon, Libourne formait l'un des maillons d'une ligne de défense qui, étirée du nord-ouest vers le sud-est, le long de la Gironde et de la Dordogne, couvrait les abords septentrionaux de Bordeaux.

 L'alerte passée, les magistrats municipaux se préoccupèrent dès lors de disposer de ressources financières régulières leur permettant d'entretenir les fortifications déjà édifiées et d'achever l'ouvrage. Le 7 septembre 1330, le sénéchal de Gascogne, Jean de Haustede, qui avait été capitaine de la ville de 1324 à 1325, les autorisa à lever une taxe sur les marchandises vendues dans la ville. Comme le prévôt de Libourne leur contestait le droit d'utiliser les galets et le sable provenant du lest abandonné par les navires, ils en appelèrent à son supérieur hiérarchique, le sénéchal de Gascogne. Le 20 janvier 1331, Jean de Haustede confirma le maire et les jurats dans le droit d'employer les matériaux de délestage et interdit au prévôt de les en empêcher. Il dut renouveler cet ordre et menacer le prévôt de la suspension de son office, le 03 février 1331. Aux empêchements suscités par le prévôt royal s'ajoutèrent les embarras financiers inérants à des travaux coûteux, d'autant que les Libournais furent contraints de les activer suite au déclenchement de la guerre de Cent Ans. Le 16 mai 1340, le maire et les jurats ajournèrent le remboursement des dettes contractées par la ville "pour raison de la fortification de celle-ci". Directement menacée par l'offensive menée en 1338-1340 par le comte de l'Isle, lieutenant de Philippe VI en Guyenne,

Libourne, comme les autres villes du Bordelais, dut faire face à la situation par ses seuls moyens. Les troupes françaises échouèrent devant ses murs ainsi que devant ceux de Saint-Emilion. Édouard III, qui concentrait alors ses efforts militaires contre Philippe VI dans le nord du royaume de France, se décida à faire un geste. Le 22 juin 1341, il reconnut officiellement aux Libournais la libre disposition du lest pour la réparation des remparts et leur concéda la propriété des fossés et des arrière-fossés en dédommagement des sommes qu'ils avaient investies.

 Au milieu du XIVe siècle, les Libournais s'employaient encore édifier les défenses de la ville. Le 14 août 1346, ils obtinrent d'Henri de Lancastre, lieutenant d'Édouard III en Aquitaine, la confirmation du droit de lever des taxes sur les marchandises pénétrant dans la ville aussi longtemps que les fossés ne seraient pas remplis d'eau et les murs garnis de tours, de mâchicoulis et de barbacanes. Cette concession leur fut renouvelée le 10 décembre 1350, puis le 25 mai 1355. En dépit des efforts financiers consentis par la municipalité et de l'aide apportée par le roi-duc, certains secteurs restaient encore sommairement protégés au début du XVe siècle. L'un des témoins cités à comparaître en 1487, lors de l'enquête sur les privilèges de Libourne, déclara avoir "vu refaire plusieurs fois les dits fossés et réparer les murailles... (et) dans un quartier qui était de pieux les (avoir vu) refaire toutes neuves, et maintenant (il) y a une belle tour (et une) épaisse muraille". Il est vrai qu'il s'agissait de la partie de la ville adossée à la Dordogne et donc naturellement défendue par la rivière. Alors même que les fortifications n'étaient pas achevées, la municipalité dut entreprendre des réparations pour consolider ou relever les parties anciennes. Le 23 juillet 1389, Richard II fit don à la ville de 100 livres sterlings pour réparer 250 brasses de murs (environ 400 mètres) renversées en janvier par une"grande tempête et fortune de temps".

 Regardée, en raison de sa situation au nord-est du diocèse de Bordeaux, au confluent de l'Isle et de la Dordogne, comme "la clef et boulevard des pays de Périgord, Quercy, Limousin, Angoumois et autres pays circumvoisins", Libourne vit à plusieurs reprises paraître des troupes françaises sous ses murs au cours de la guerre de Cent Ans. La ville resta aux mains des gens du roi-duc lors de la première offensive, en 1337-1340. Le parti anglo-gascon fut moins heureux quarante ans plus tard. En 1377, le duc d'Anjou et Du Guesclin parvinrent à s'emparer de la bastide, après avoir ravagé les campagnes environnantes et détruit le château de Condat. En 1451 et en 1453, les capitaines de Charles VII s'empressèrent d'obtenir la reddition de Libourne avant de marcher sur Bordeaux. Ayant perdu tout espoir d'être secourus depuis l'Angleterre par Henri VI, les Libournais préférèrent les deux fois capituler devant un adversaire supérieur en nombre et en matériel, plutôt que de soutenir un siège dont l'issue ne pouvait que leur être défavorable.

 

II. LES FORTIFICATIONS DE LIBOURNE AU LENDEMAIN DE LA GUERRE DE CENT ANS.

 

L'enquête sur les privilèges de Libourne, en 1486-1487, donna lieu à un examen attentif de l'état des fortifications, motivé par le fait que la municipalité alléguait un coût d'entretien élevé. L'enquêteur royal, Bernard Tustat, vint lui-même à Libourne, le 02 janvier 1487, pour interroger des témoins et profita de l'occasion pour inspecter les murs. Il consigna ses observations par écrit dans le rapport de l'enquête. Toutefois, reconnaissant qu'il ne pouvait "bonnement extimer les fraiz et mises qu'il convient à la réparacion desdites murailles", il chargea Héliot Odin, maître maçon à Bordeaux, assisté par deux confrères de Saint-Junien en Limousin, d'une part d'évaluer le coût des réparations et des améliorations à apporter, et d'autre part d'estimer le montant des dépenses annuelles pour l'entretien courant des fortifications. Les trois hommes s'acquittèrent rapidement de leur tâche. Ils lui présentèrent leur rapport dès le lendemain. Leur déposition fut enregistrée au même titre que celle des autres témoins et versée au dossier de l'enquête. Le recoupement des données contenues dans ces deux procès-verbaux permet de restituer dans leurs grandes lignes les défenses de Libourne telles qu'elles se présentaient au lendemain de la guerre de Cent Ans. Une reconstitution plus précise doit cependant faire appel aux sources figurées modernes et contemporaines, ainsi qu'aux quelques vestiges des anciennes fortifications ayant échappé aux destructions.

 

1. Les portes

Concernant les portes de Libourne, le rapport de Bernard Tustal est de loin le plus détaillé. Il indique neuf entrées. Six d'entre elles, jugées plus importantes que les autres, sont qualifiées de "portails", alors que les trois autres sont simplement désignées comme des "portes". Sur ce total, trois des six portails et les trois portes donnaient accès à l'Isle et à la Dordogne, attestant la vocation portuaire de la bastide. Du côté de la "terre", Libourne communiquait avec la campagne seulement par trois portails (voir carte des fortifications vers 1459-1486 ci-dessus).

L'identification et la localisation des six portails ne posent aucun problème. Cinq d'entre eux se situaient au débouché des principales artères de la ville. Le grand portail de la mer, plus communément appelé par les Libournais porte du Grand Port, s'ouvrait face à la place formée par la rencontre de la rue des Chais avec la Grande Rue ou rue Saint-Emilion (En Bordelais on appelait "mer" la partie du cours de la Garonne et de la Dordogne où se faisait sentir l'effet de la marée montante, d'où le nom d'Entre-deux-Mers donné à la région occupant leur confluent.). Le portail Saint-Emilion marquaient l'extrémité opposée de cette même Grande Rue, au point de raccordement avec la rue Saint-Thomas. Les rues de Périgueux et de Guîtres aboutissaient du côté de la "terre" aux portails du même nom, tandis que la rue de la Font Neuve conduisait à la berge de la Dordogne par le portail Bédignon. Seul le portail Coffer était desservi par un axe secondaire, la modeste ruette des Chais. Sans doute percé tardivement, il devait son nom à Jean Coffer, maire de Libourne en 1343, et prit de l'importance du fait de sa situation au confluent de l'Isle et de la Dordogne (L'actuelle rue du Port-Coiffé correspond à l'ancienne rue des Chais et conserve sous une graphie totalement déformé le souvenir de l’ancienne porte Coffer).

Seul le portail du Grand Port, abandonné au XVIIe siècle au profit d'une nouvelle porte percée dans l'axe de la rue Saint-Emilion et longtemps englobé dans des maisons, a échappé à une destruction totale. L'accès à la ville se faisait par un passage voûté en arc brisé aménagé entre deux tours circulaires, la tour Édouard ou du Grand Port et la tour Richard ou tour Barrée.

LiBoUrNe - Dessin de la Tour du Grand Port

L'aspect architectural des autres portails est connu grâce à des textes, des plans et des gravures. Les trois qui s'ouvraient du côté de la "terre" étaient les plus solidement défendus: passage voûté aménagé au pied d'une tour et fermé par une porte à deux battants, accès extérieur protégé par un boulevard. Celui de Guîtres présentait une puissante base quadrangulaire surmontée d'une tour carrée coiffée d'un toit en pavillon. Un escalier latéral permettait d'accéder à la tour et, de celle-ci, au chemin de ronde des murs (voir dessins ci-dessous).

LiBoUrNe - Dessin de la Porte de Guîtres

Le portail de Périgueux devait présenter un système défensif analogue (voir dessin ci-dessous).

LiBoUrNe - Plan de la Porte de Périgueux

Le portail Saint-Emilion s'ouvrait à la base d'une imposante tour rectangulaire formant saillie en avant des murs. Celle-ci comportait deux étages et une plateforme sommitale avec créneaux et mâchicoulis, couverte par une toiture à quatre pans (voir dessin ci-dessous).

LiBoUrNe - Dessin de la Porte de Saint-Émilion

 

Nous sommes moins bien renseignés sur les défenses extérieures des trois portes ouvrant sur la campagne. L'existence d'ouvrages avancés est attestée dans l'enquête de 1486-1487 avec la mention de "boulevards" (Boulevard: ouvrage extérieur défendant l'accès d'une porte, appelé demi-lune au XVIe siècle). Un des dessins de J. de Weert représente les barbacanes commandant l'accès des portes de Guîtres et de Périgueux telles quelles se présentaient au début du XVIIe siècle.

LiBoUrNe - Dessins des fortifications 1612

Celle de la porte de Guîtres est visible sur le dessin de H. van der Herm (ci-dessous).

LiBoUrNe - Dessin au XVIIème siècle

En revanche, le plan dressé vers 1740 ne mentionne plus qu'un bastion triangulaire à l'entrée de la porte Saint-Emilion et une chicane en avant de celle de Périgueux (plan ci-dessous).

Plan de LiBoUrNe au XVIIIème siècle

(A.C. Libourne. BB 14, 5 avril 1729. Mention de la chute dune "petite voûte avec un mur qui était bâti au-dessus, à l'avant-porte ou demi-lune". Ibid., BB 16, 6 janvier 1732. Avis favorable de la municipalité aux propositions de l'architecte Alexis Tisseau relatives à "la démolition de vieux murs ruinés qui sont à la sortie de la porte de Périgueux, qui formait un ancien ravelin (demi-lune) ou boulevard". Ibid., BB 28, 14 mars 1758. Adjudication "à la moins dite... pour la démolition ou écrêtement des courtines des murs de la ville et des fortifications anciennes qui sont au-dehors de la porte Saint-Emilion"). L'Isle et la Dordogne protégeaient naturellement le flanc nord­-ouest de la ville.

Le portail Bédignon avait été percé à la base d'une tour ronde, défendue dans sa partie haute par des créneaux et des mâchicoulis (dessin ci-dessous).

LiBoUrNe - Dessin de la Porte Bédignon

Un escalier "situé dans la rue des Murs de la présente ville, joignant la tour de la porte Bédignon... (Servait) à monter dans la dite tour" (A.C. Libourne, BB 20, 16 juillet 1739. Délibération de la jurade relative au mauvais état de l'escalier de la tour de Bédignon). Le portail Coffert consistait, d'après les plans du XVIIIe siècle, en un simple passage aménagé dans l'épaisseur du mur de ville.

Parmi les trois portes permettant d'accéder au bord de l'Isle, seule la porte Salinière (ou des Salinières) est expressément nommée par Bernard Tustal et Héliot Odin. Libourne tenait des rois d'Angleterre le privilège de posséder un grenier à sel et le monopole du commerce de cette denrée depuis le Bec d'Ambés jusqu'à Bergerac. Les navires qui remontaient la Dordogne avec un chargement de sel avaient l'obligation de débarquer celui-ci à Libourne. Regroupé à un endroit précis du port afin d'en assurer une meilleure surveillance, ce trafic laissa son nom à la porte par laquelle le sel entrait dans la ville (Il existait éga1ement une porte et un quai des Salinières à Bordeaux qui, de la même manière que Libourne, détenait le monopole du trafic du sel sur la basse Garonne). Cette porte était située au bout de la rue Sainte-Catherine (A.C. Libourne, BB 18, 14 janvier 1737. Décision du maire et des jurats de proclamer les réparations à faire à la porte des Salinières "située au bout de la rue Sainte-Catherine, sur le bord de l'Isle"). La présence de deux autres portes nous est révélée par le seul rapport de Bernard Tustal. L'enquêteur royal situe l'une d'elles entre le grand portail de la mer et la porte Salinière. On peut donc penser qu'elle se trouvait au débouché de la rue Saint-Thomas. Les documents de la fin de l'époque moderne font état à cet endroit d'une porte dénommée Cavernière (La Cavernière était un coche d'eau qui, s'aidant du courant de flot et de jusant, effectuait la liaison entre Libourne et le port de Cavernes (paroisse de Saint-Loubès), à partir duquel les voyageurs gagnaient Bordeaux par voie de terre). L'autre porte, située entre la porte Salinière et la tour de Grenouiller, arborait lors du passage de Bernard Tustal une "image de Saint Jacques". Ce pourrait être la "porte Sainte-Cécile", au bout de la rue du même nom, dont il est fait mention dans un bail à loyer du 16 février 1522. Si l'on se réfère aux plans du XVIIIe siècle, la porte Cavemière s'ouvrait à la base d'une tour carrée formant saillie par rapport à la muraille, tandis que les portes situées à l'extrémité des rues Sainte-Catherine et Sainte-Cécile avaient, comme le portail du Grand Port, été simplement aménagées dans l'épaisseur du mur d'enceinte.

2. Les murs, les tours et les fossés

Les murs de Libourne ne nous sont pas à proprement parler décrits par Bernard Tustal ni par Héliot Odin. Il est seulement fait mention de leur état, plus ou moins bon selon les endroits. Du circuit des murs intégralement figuré sur le plan cadastral de 1818 il ne subsiste plus aujourd'hui que quelques pans de courtine. Les rares secteurs épargnés d'une destruction totale montrent, inégalement conservés, deux parements faits de pierres de taille soigneusement appareillées, liés par un blocage fait de matériaux hétérogènes (pierres, galets de lest) noyés dans un mortier grossier.

L'épaisseur des murs au niveau du sol actuel est de l'ordre de l mètre 50. La municipalité avait obtenu au XVIIIe siècle l'autorisation de l'intendant d'abattre le couronnement des murs, de sorte que les portions de remparts les mieux conservées n'atteignent plus que 12 mètres environ et s'arrêtent au niveau des mâchicoulis (A.C. Libourne, BB 30, 28 octobre 1757. Ordonnance du maréchal de Thomond autorisant les jurats à faire "abattre leurs murailles au-dessus du premier cordon, en leur laissant toujours du côté du fossé au moins 25 pieds d'élévation"). Les créneaux et le chemin de ronde ont disparu. Au moins pour ce qui est de la partie de la courtine située A l'est du portail Saint-Emilion, des archères avaient été percées à la base du mur. Des loges de guetteur pratiquées dans l'épaisseur du mur, à 2 mètres environ au-dessus du sol actuel, voûtées d'un arc en plein centre, permettaient de battre le pied des murs et les fossés.

Quelques tours renforçaient les murailles et assuraient de loin en loin leur flanquement. Héliot Odin ne fait allusion qu'à la tour de Grenouiller. Cette "tour carrée", précise Bernard Tustal, occupait l'angle nord du circuit de l'enceinte, en bordure de l'Isle. Sans doute contemporaine des tours surmontant les portails de Guîtres et de Périgueux son sommet avec créneaux et mâchicoulis était couvert d'un toit en pavillon (A.C. Libourne, DD 4, 16 février 1522. Bail à loyer par la municipalité d'une place vide "tirant de la porte qui regarde vers la tour de Grenouiller... qui à présent est carré, faite en forme de pavillon, couverte d'ardoise". Ibid., BB 19. 19 janvier 1740. Mention du mauvais état de la tour de Grenouiller "qui est sans charpente depuis plus d'un siècle, ce qui a causé que le mur d'icelle a péri et se gâte journellement, la pierre qui formait les créneaux étant en partie tomée et l'autre menaçant ruine"). Bernard Tustal mentionne également "la tour Neuve qui fait le coing d'entre les rivières de Dordogne et de l'Isle". Dans le registre d'arpentage de 1459 elle est dénommée "tour Dapcher", du nom du capitaine qui commandait alors la garnison de la ville (A.C. Libourne, CC l, fol. 6. Cette tour prit le nom de tour Gringalette à l'époque moderne - A.C. Libourne, BB 3, 27 mai 1669. Réparations à effectuer à la tour Neuve "autrement appelée Gringalette"). Les sources figurées la représentent comme une tour ronde, d'un modèle comparable à celui de la tour du portail Bédignon ou de la tour du Grand Port. Du portail Saint-Emilion à celui de Bédignon il n'existait aucune tour comme l'a noté Héliot Odin. En revanche, l'omission des quatre tours comprises entre le portail de Périgueux et celui de Saint-Emilion, tant par ce dernier que par Bernard Tustal, est surprenante. Une tour carrée, l'une des deux tours rondes et une tour semi-hexagonale ont disparu (A.C. Libourne, BB 22, 26 juin 1742. Mise en adjudication par le maire et les jurats d'un emplacement "pour y faire des jardins... situés dans les fossés et douves de la ville, à prendre depuis la porte Saint-Emilion jusqu'à la tour appelée de la Tarreyre, qui est entre la dite porte Saint-Emilion et celle de Périgueux". Cette tour de la Tarreyre est sans doute la tour semi-hexagonale proche de la porte de Périgueux, également appelée porte de la "Tarreyre"). Seule subsiste de nos jours une tour ronde, sans nom.

LiBoUrNe - Dessin de la Porte de Périgueux

LiBoUrNe - Identification des Tours

L'Isle et la Dordogne au nord et à l'ouest, ainsi que des fossés enveloppant les abords de la ville du côté de la "terre" complétaient les défenses de Libourne. Le préambule de l'enquête de 1493-1494, à la suite des exactions commises par la garnison de Fronsac, fait mention de "grandes fortifications de muraille et grans foussés". Deux ruisseaux, le Riouver au nord-est et le Lour au sud, s'écoulaient au pied des murs, le premier vers l'Isle et le second jusqu'à la Dordogne. Héliot Odin, constatant que la portion de muraille, de la porte Saint-Emilion à la porte Bédignon, n'était défendue par aucune tour, préconisa la construction de "deux moineaux de pierre" bâtis sur des piliers compte tenu du terrain marécageux. Il est possible de reconstituer approximativement l'emprise des fossés à l'aide des plans du XVIIIe siècle. Bien que comblés et lotis à partir des années 1790, leur tracé apparaît encore nettement sur le plan cadastral de 1818 entre les murs et les allées ceinturant la ville. Des arrière-fossés formaient une première ligne de défense en avant des fossés. Ils furent comblés les premiers, aux XVIIe et XVIIIe siècles, lors de l'aménagement des allées autour de Libourne. Aucun plan n'en n'a conservé le souvenir, si bien qu'il est impossible de les restituer avec certitude, sauf peut-être au sud-ouest de la ville où les allées Flamandes figurant sur le cadastre de 1818 pourraient être assez proches du développement initial des arrière-fossés. De même, sur le plan dressé vers 1740, les allées plantées d'arbres, qui bordent les fossés de la tour de Grenouiller à la porte de Périgueux, occupent en partie leur emplacement.

Enfin, à l'intérieur de Libourne, l'efficacité de la défense se trouvait renforcée par l'existence d'un chemin qui permettait de faire le tour du périmètre interne des murs. Plusieurs témoins interrogés sur ce point, en 1486-1487, firent une déclaration comparable à celle de Bertrand Lepiochel, lequel affirma que "au dedans de ladicte ville, le long des murailles, sans aucun destour, hier ou enpachement, un chescun peut aller à pied et à cheval et à charrettes". Appelé chemin ou rue des Murs, sauf de la tour de Grenouiller à la porte du Grand Port, où le nom de rue des Chais lui venait de la présence de nombreux entrepôts, il permettait aux défenseurs de se porter rapidement en tous points de la muraille en cas d'attaque. Le 22 juin 1341, Édouard III avait formellement interdit de construire près des murs et des tours pour des impératifs de défense. L'enquête de 1459 montre qu'un siècle plus tard cette interdiction était encore respectée.

3. L'entretien des fortifications

Au dire de Raymond Guinodie, les deux courts sièges que soutint Libourne en 1451 et en 1453 éprouvèrent durement ses fortifications (Histoire de Libourne tome1. p.74-80). Il s'est plu à relater les préparatifs des capitaines de Charles VII pour investir la ville. L'emplacement des pièces à feu de Jean Bureau et les dégâts qu'elles causèrent sont décrits avec un luxe de détails. De telles affirmations sont toutefois invérifiables et tout porte à croire que Raymond Guinodie a quelque peu embelli les faits. Non seulement il ne précise pas ses sources, contrairement aux autres faits d'armes qu'il rapporte, mais il convient lui­-même que les chroniqueurs français ne se sont nullement fait l'écho de ces sièges. Si l'on en croit Jean Chartier, Libourne se serait inclinée en 1451 devant la puissance de l'armée française, évitant ainsi un investissement par la force qui n'aurait pu que lui être préjudiciable: "Mondit seigneur le conte de Dunois, lieutenant, envoya mectre le siège par mer et par terre devant une place nommée Fronsac; ce qui arriva le second jour de juing... Et ce faict, vint en personne audit siège de Fronsac, et envoya en mesme temps ung hérault du roy pour sommer ceux de la ville de Libourne de eulx rendre. Après lesquelles sommacions ainsi faites, ceulx de la ville de Libourne ordonnèrent des principaux d'entre-eulx une quantité, lesquels ils envoyèrent avecques ledit hérault devers Monseigneur de Dunois afin de faire tractié et appointement pour tous les habitans d'icelle ville".

En 1453, les Libournais firent valoir leur bonne foi: "Depuis la réduction dudit lieu de Castillon, lesdits seigneurs conducteurs de l'ost du roy et commissaires en icelle partie en deslogèrent et partirent avec leur puissance, canons et aultre artillerie, et vindrent devant la ville de Sainct-Milion, laquelle aussitôt se mist en l'obéisssance du roy... D'iceluy lieu de Sainct-Milyon toute l'armée tira devant la ville de Libourne, laquelle n'avoit pas esté du gré des habitans d'icelle mise en l'obéissance et subjection des Anglois dessus dits; car, lorsque le sire Talbot arriva devant Bourdeaulx, on leur avoit baillé des François pour les garder, lesquels, quand ils sceurent la venue dudit Talbot, ces François qui estoient dedens en garnison désemparèrent de ladite ville, et fut de nécessité aux habitans d'icelle ville de se rendre ausdits Anglois, et obéir au susdit Talbot. Pour laquelle considération, en icelle dernière réduction ils ne furent en rien molestez, mais, au contraire, le roy les receut tout d'abord en sa bonne grâce".

Plutôt que les canons français en 1451 et 1453, les contemporains rendent, de façon plus prosaïque, la nature responsable de la dégradation des défenses. L'état des murs bordant l’Isle et la Dordogne fut jugé préoccupant en 1486-1487, au moment de l'enquête sur les privilèges de Libourne, "pour ce que ladjcte ville est posée bas et contre la mer, laquelle deschausse lesdictes murailles etfaict grands dommages". L'enquêteur français, Bernard Tustal, qui ne peut passer pour suspect d'exagération, a pu lui-même constater qu'en plusieurs endroits l'Isle et la Dordogne ont "démyné le pié desdites murailles". Le notaire libournais, Jehan Boinille, cité comme témoin le 1 er janvier 1487, est formel: "du costé de la mer, ladicte mer gaste lesdictes murailles". Plusieurs autres témoins incriminent eux aussi '1'impétuosité de la mer", laquelle "frappe contre les murs", et ainsi "mine et cave" la base des murailles. Du côté de la terre, le mauvais état des fossés et des boulevards est quant à lui attribué à la nature du sol. Pierre Gueyrard, marchand, originaire de Bergerac, expose, le 29 décembre 1486, que Libourne "est scittuée sur sable, lequel coule et ne peut bonnement tenir", nécessitant des réparations fréquentes apportées aux fossés. Ses dires sont corroborés par ceux d'un Bordelais, Bertrand Lepiochel, qui déclare pareillement que les fossés sont ensablés et "ne peuvent être entretenus sans grandes et continuelles réparations". De surcroît, il affirme avoir vu refaire les fossés à plusieurs reprises.

Les témoins interrogés en 1486-1487 évaluaient l'entretien des fortifications à environ 1000 livres tournois par an, estimation confirmée par le rapport des trois maçons désignés comme experts. Ces derniers proposèrent plusieurs améliorations: l'édification de murs de soutènement pour empêcher que l'Isle ne sape la base des murailles, le renforcement des boulevards destinés à protéger les portes, la construction de moineaux afin de couvrir les portions de courtine démunies de tour. Le montant de ces travaux s'élevait à plus de 44 000 livres tournois. Même si le roi de France avait consenti, le 27 janvier 1478, à abandonner à la municipalité le tiers des revenus du grenier à sel pour l'entretien des fortifications et les gages des officiers de la ville, celle-ci n'avait pas les moyens d'engager de telles dépenses. Ayant déjà du mal à faire face aux frais entraînés par les réparations courantes, on peut douter que le maire et les jurats aient disposé des fonds nécessaires pour entreprendre les travaux d'amélioration préconisés par Héliot Odin et ses deux confrères. Ainsi, en 1493-1494, les murailles et les fossés étaient-ils toujours considérés "de grans entretenement pour les sumptueuses (coûteuses) reparacions qui sont necessaires".

Retranchée à l'abri de ses 2200 mètres de murailles, Libourne prenait rang, tant par la valeur stratégique de son site et son étendue (32 hectares), que par son poids démographique et économique, parmi les villes closes les plus importantes du diocèse de Bordeaux. Par rapport aux autres centres urbains du Bordelais, développés à partir d'un noyau d'habitat antique (Bordeaux, Blaye) ou médiéval (Bourg, Saint-Emilion, Castillon, Saint-Macaire), Libourne portait inscrit dans sa topographie les signes distinctifs qui marquaient son appartenance à la grande famille des bastides: aménagement volontariste de l'espace urbain, plan orthogonal quadrillé structuré autour d'une place centrale, lotissement des îlots en parcelles régulières.

 

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