25 juin 2004
La BouCle de CoNdAt
Qui de tous les Libournais n'est pas allé au moins une fois faire la "boucle de Condat" !! Source de végétations (vignes, bosquets et près), pour ne pas dire poumon de Libourne où promeneurs, sportifs et curieux viennent se ressourcer dans la Palu de Condat.
La route qui sillonne cet endroit forme une boucle de 2,5 km. Nombreux d'entre nous garons notre véhicule sur le parking de la Chapelle de Condat. Il faut effectuer environ 1 km de la Chapelle au début de cette boucle "routière".
En faite, cette dite boucle s'appelle ainsi à cause de la Dordogne, rivière qui forme une boucle.
08 août 2004
Le TuMuLuS de CoNdAt
(Extrait d’un recueil photocopié FL LIB 944.7 SAR « page 113 à 120 »
de la médiathèque Municipale Condorcet de Libourne
ou « Revue S.H.A du Libournais 1939-1940»)
SITUATION
Le Tumulus de Condat est situé à une centaine de mètres au sud de l’église dans une prairie en bordure de la route qui, de Libourne, conduit à la Dordogne en face du Port de Génissac. A la place de cette prairie s’étendait il y a quelques années encore une vigne. A une soixantaine de mètres au sud de chevet de l’église, donc entre cette église et le tumulus, une source alimente le bassin d’une ancienne fontaine (au dessous de la niche qui renferme une statue de la Vierge est encastré un fragment de mosaïque en cubes blancs et rouges sur lesquels se détachent en noir les lettres E I D et au dessous N P. Ce fragment n’a point été trouvé sur place : c’est un morceau de pavage d’une basilique constantinienne exhumée à Carthage par le R.P. Delattre et donné par celui-ci à Mr l’abbé Salmon, curé de Condat).
Les jeunes filles vont, paraît-il, y jeter des épingles : si ces épingles se croisent, les jeunes filles sont sûres de se marier dans l’année. De plus, la tradition attache à ses eaux une vertu curative pour les yeux.
Bref, cette source a toujours été l’objet d’une certaine vénération qui s’est maintenue jusqu’à nos jours : pas plus tard qu’en 1933, en effet, la fontaine a été restaurée par les soins d’une famille du pays en reconnaissance d’une guérison inespérée attribuée à la « source miraculeuse ». Le lieu est appelé sur le Plan Cadastral dressé en 1845 « Pont de Condat » ; la situation en est assez remarquable. Le tumulus se trouve, en effet, à peu près au milieu de la base de la boucle que décrit la Dordogne avant d’atteindre Libourne : cette sorte d’isthme mesure 800 mètres ; le tumulus est à 350 mètres de la rivière à l’ouest, et à 450 mètres à l’est.
HISTORIQUE
Ce qui paraît assez surprenant, c’est que le tumulus de Condat n’ait été signalé à peu près par personne : ni par François Daleau dans sa Carte d’Archéologie Préhistorique de Département de la Gironde (1876), ni par G. Loirette dans un inventaire sommaire de L’Époque Celtique en Gironde (1933), ni enfin par J.Ferrier qui, résumant les travaux de ses devanciers, estime dans La Préhistoire en Gironde (1938) que le nombre des tumulus dépasse la centaine dans le département. Les historiens de Libournais, pas plus Guinodie que Souffrain, n’en ont davantage soufflé mot. L’Archiprêtre Latour dans une courte monographie consacrée à Condat n’en parle pas non plus.
Seul, Piganeau en a fait la brève mention suivante dans son Essai de Répertoire Archéologique du Département de la Gironde (1897) : « Tumulus inexploré renfermant probablement les restes des guerriers de 1377 et de 1453 », soit des deux sièges qu’a subis le château de Condat pendant la guerre de Cent-Ans. Nous verrons plus loin ce qu’il faut penser de cette conjecture. Mais il nous paraît nécessaire d’ajouter que là, comme ailleurs, les paysans d’alentour parlent encore de Veau d’or enseveli sous ce tertre. Dirons-nous que cette survivance d’une aussi lointaine tradition nous semble tout de même le gage d’une longue habitation dans ce lieu ?
FORME ET DIMENSIONS
Au surplus, l’aspect du tumulus est suffisamment caractérisé pour avoir légitimé d’y entreprendre des fouilles. La forme en est à peu près circulaire: 41 mètres dans l’axe Est-Ouest, perpendiculaire à la route ; 30 mètres dans l’axe Nord-Sud. La circonférence à la base mesure 130 mètres et au sommet, légèrement aplati, 33 mètres. La hauteur au-dessus du niveau de la prairie est encore de 3 mètres, car des labours successifs l’ont sans doute quelque peu réduite. C’est déjà une petite élévation qui se détache d’autant plus nettement au-dessus du sol qu’elle est isolée et que le pays environnant, tout en palus, est plat. En général, les tumulus sont, au contraire, groupés. A La Brède, par exemple, ils sont au nombre de 9, de dimensions très inégales : leur diamètre varie de 6 à 20 mètres et leur hauteur se tient entre 50 centimètres et 3 mètre ; de même les buttes de Queyrac-Vendays, dans le Bas-Médoc, sont au nombre de 18: elles ont de 15 à 30 mètres de diamètres et de 2 à 3 mètres de hauteur.
C’est le mardi 19 mars 1940 à 09 heures, qu’était donné le premier coup de pioche dans le tumulus de Condat. Comme le conseille le Manuel de Recherches Préhistoriques, le tumulus a été attaqué par le Sud dans une tranchée de 1,40 mètre de large. Les travaux devaient durer du 19 au 23 mars et furent repris les 29 et 30 mars.
STATIGRAPHIE
Nous avons rencontré trois couches de terrain : une terre végétale superficielle d’une épaisseur moyenne de 0,10 cm, de l’argile grise avec traces ferrugineuses, homogène, compacte, terre forte très difficile à travailler, impossible à tamiser, parsemée de galets de la rivière. Cette couche atteint une épaisseur de 1,25 mètre puis de l’argile brune, plus friable, plus humide aussi, rencontrée jusqu’à la profondeur maximal à laquelle nous sommes parvenus, soit 3,30 mètres, profondeur à laquelle nous avons d’ailleurs trouvé la nappe d’eau, soit 30 centimètresau-dessous du niveau de la prairie et donc de la basse du tumulus. Nous n’avons pas pu aller au-delà. Ajoutons que cette couche d’argile brune se retrouve en profondeur à peu de distance de la surface de la prairie, ce qui tend bien à prouver que le tumulus a été constitué avec de la terre rapportée.
TROUVAILLES
Les découvertes n’ont point répondu à notre attente:
A 1,60 mètre de profondeur et à 5,40 mètres du centre, un fragment de poterie grossière, de 0,013 d’épaisseur, qui ne semble pas faite au tour, d’une pâte rouge au dehors, et brun-noir au dedans, mal cuite, trop dure toutefois pour être néolithique. Inutile de dire que cette découverte le second jour des fouilles nous avait donné grands espoir, ainsi que des traces charbonneuses qui n’étaient que des racines de vigne décomposées à l’abri de l’air.
Au centre, à partir de la profondeur de 2,25 mètres et jusqu’au fond, des débris gallo-romains consistant en tuiles à rebord et tuiles creuses, toutes en morceaux, de différentes couleurs et de différentes qualités, plutôt grossières. Au total une trentaine de fragments dans 10m3 de terre : il y en a peu de semblables. Ils ont été trouvés pêle-mêle, dans tous les sens, enrobés dans l’argile.
Divers fragments de poteries gallo-romaines, plus ou moins fines, provenant de débris de vases communs, en particulier un morceau de grande amphore ou de dolium, épais de 0,02 en moyenne.
Bref, cela ne paraît offrir rien de bien remarquable, car des débris de ce genre, on en trouve partout : nous en avons trouvé dans deux trous pratiqués au hasard dans la prairie à la base du tumulus et Mme de Molaing m’a confirmé qu’on en avait trouvé également en défonçant les jardins du château de Condat. Mais, pour n’avoir rien à nous reprocher, nous avons dépassé le centre du tumulus de 2 mètres environ dans toutes les directions et nous n’avons toujours que des débris de tuiles ; nous en avons même trouvé dans l’eau.
CONCLUSIONS
Ces résultats ne paraissent pas suffisants pour autoriser une conclusion précise. Ne voulant considérer que le certain édifié sur des constatations positives, voici ce que nous sommes en mesure d’affirmer :
Le Tumulus a été manifestement édifié avec de la terre rapportée, il a été édifié postérieurement à l’époque gallo-romaine ou même dès cette époque, l’opinion de Piganeau paraît controuvée, car si des guerriers avaient été ensevelis dans le tumulus au XIVe siècle, on n’eût point manqué d’y trouver des armes et des ossements.
HYPOTHESES
Alors, à quelle époque et dans quel but aurait été édifié le tumulus, si tumulus il y a ? C’est bien ce qui nous échappe.
Certains pensent que cette butte a pu être élevée pour rompre la force du courant d’inondation, venant par l’Est,
d’amont vers l’aval, et souvent très puissante en cet endroit. Il n’est pas rare que l’eau recouvre la palus de Condat et arrive jusqu’au presbytère. Précisément, en raison de ce danger, il semble qu’à une époque plus récente, on eût plutôt édifié une véritable digue.
Est-il possible d’y voir une motte de défense en avant du château et en liaison avec celui-ci ? Le tumulus paraît bien bas et bien petit pour avoir rempli cet office.
Rappelons enfin qu’à Condat on a souvent entendu dire par les vieux que « le tertre » remontait au temps des Anglais. Il est vrai que c’est là une expression courante chez les paysans de la Gironde pour dater un monument ancien. La légende concernant le tumulus, aujourd’hui détruit, de Peychez, à Villegouge, nous paraît bien significative à cet égard. Ne raconte-t-on pas, en effet, que ce tumulus « aurait été construit en une nuit par les femmes des Anglais qui portèrent la terre dans leurs tabliers, afin d’établir des pièces d’artillerie pour tirer sur l’église » ? Nous ne croyons pas qu’il faille attacher à cette tradition plus d’importance qu’elle n’en a, bien qu’elle ait paru fort intéressante à François Daleau qui l’a retrouvée non seulement en Gironde, mais en Charente et Charente-Inférieure, en Dordogne, dans le Tarn et la Vienne.
Ce qui n’est pas une légende, ce sont les faits suivant que nous croyons utile de verser au débat. Par lettre en date du 07 juin 1335, Édouard III, Roi d’Angleterre, faisant don à Amanieu du Foussat de la terre de Condat pour une valeur de 100 livres sterl. « a luy cédée par le roi pour l’indemniser des pertes qu’il avait faites pendant la guerre ». Vingt ans plus tard, par de nouvelles lettres datées de 10 février 1355, Édouard III permettait à Amanieu du Foussat de bâtir un fort dans sa terre de Condat à la charge de le remettre aus mains du roi quand il en serait requis. Comme ont pourrait être tenté de voir dans le tumulus de Condat la base de ce fort, nous ferons observer que la butte est de dimensions bien modestes pour avoir convenu à cette destination, sans compter que, dans ce cas, les fouilles eussent bien permis de découvrir quelques vestiges de ces substructions, à moins que ce fort n’ait été qu’une simple tour en bois. C’est peu vraisemblable. Il y a donc tout lieu de penser que le fort d’Amanieu du Foussat doit être cherché ailleurs (peut-être dans la propriété de Mme de Molaing où « on a mis à nu, il y a un certain nombre d’années, plusieurs toises de fortes murailles ».
En tous cas, il semble difficile de voir dans le tumulus de Condat une sépulture néolithique ou de l’âge du bronze, violée à l’époque romaine et remplie de débris jetés en désordre, car on devrait alors y trouver d’avantages de débris, sinon quelque trace de construction ou de squelette : on n’eût, en effet, volé que les objets précieux. Cette dernière hypothèse semble procéder du roman.
Dans ces conditions, la seule chose que l’on soit en mesure d’affirmer avec certitude, c’est que le problème reste presque entier.
REMERCIEMENTS
Assurément, tout cela est assez décevant et on comprend fort bien, suivant l’expression de J.Ferrier, que les préhistoriens girondins « boudent à la tâches » en ce qui concerne les tumulus. Nous eussions sans doute fait comme eux, si nous n’avions trouvé chez tous et chacun un concours empressé qui nous a permis d’économiser temps, fatigue et… argent. Nous remercions donc tout particulièrement Mme Fourcaud-Laussac, propriétaire, Mr Feyzeau, métayer, qui nous ont donné les autorisations nécessaires pour fouiller. Mr le principal du Collège, qui a bien voulu s’entremettre auprès de Mr le Comandant d’Armes Joly pour obtenir le personnel indispensable, Mr l’abbé Salmon, curé de Condat, qui, par son amabilité coutumière, a tout rendu facile. Nous ne saurions oublier non plus l’équipe de travailleurs allemands qui s’est attelée à la besogna avec un soin et une diligence dignes de tous les éloges. Enfin, nous manquions à notre devoir si nous passions sous silence l’aide efficace apportée par la Société Archéologique du Libournais, son dévoué Président et son benjamin, René Möller.
Ainsi, grâce à la collaboration de tous, il y a un tumulus de moins à fouiller.
Henry de Sarrau.
Le Tumulus de nos jours...
...et une p'tite trouvaille pour le commentaire
qui a été posté sur l'histoire du terrain du tumulus
transformé en parcours de santé (photo 1989)
12 janvier 2005
NoTiCe SuR CoNdAt
NOTICE SUR CONDAT
Extraits d’une notice rédigée par Monsieur l'Abbé LATOUR , publiée en 1895
Cette notice n'est point une œuvre d'érudition, mais simplement une patiente compilation de tout ce qui a été écrit sur Condat et son pèlerinage. Jadis très renommé, ce pèlerinage, depuis sa récente restauration, devient plus cher que jamais aux habitants de Libourne et de tout le Libournais.
Souffrain, Guinaudie, Burgade et M. E. Piganeau se sont occupés de son importante histoire, et tout ce qu'ils en ont dit montre que ce sanctuaire des bords de la Dordogne n'est pas un des moins brillants fleurons de cette riche couronne de sanctuaires que le diocèse de Bordeaux possède en l'honneur de la Peine du ciel et de la terre. Et en effet, par son origine, ses éclatants miracles, sa splendide chapelle et le concours immense de pèlerins qui n’ont cessé de la fréquenter durant près de dix siècles, Condat tient sa place, et une place d'honneur, à côté de Verdelais, de Soulac, de Talence, d'Arcachon, de Lorette, de Montigaud, du Béquet et de Notre-Dame de Montuzet, près Blaye.
Le Père Jean-Emmanuel Drochon a parlé également de Condat dans son Histoire illustrée des pèlerinages français.
Mais, outre que ces travaux ne sont exempts ni de lacunes ni d'inexactitudes, quelques-uns sont loin de briller par la clarté de la narration.
C'est pourquoi, après avoir rectifié certains faits erronés, il nous a paru bon de grouper tous ceux qui étaient épars dans ces divers ouvrages, de façon à pouvoir présenter la légitime curiosité du public, dans une seule et même brochure, une monographie claire, exacte et complète de notre pèlerinage Libournais.
Tel a été le premier but de notre modeste travail.
Un second, que nous avions également à cœur, était de faire connaître et aimer davantage un sanctuaire où nos aïeux ont prié si souvent et où ils ont reçu tant de bénédictions. Nous étions persuadé que par là nous ne contribuerions pas peu au développement de ce pèlerinage qui, Dieu merci, prend de jour en jour une plus grande extension.
Puisse-t-il en être ainsi et daigne, en retour de notre humble labeur, au cours duquel nous avons goûté de bien douces joies, comme en goûte un fils quand il travaille pour sa mère, daigne Notre-Dame de Condat répandre sur notre ministère et sur notre paroisse les grâces les plus précieuses et les plus abondantes !
CONDAT
Son origine, sa Seigneurie, son Château, sa Chapelle, ses Chapelains et ses Curés.
I
Condat, charmant bourg, d'environ 1200 habitants, au sud-est et à un kilomètre et demi de Libourne. Il est situé sur la rive droite de la Dordogne, à l'entrée d'une presqu'île formée par une immense courbe que la rivière décrit à cet endroit.
Ce n'est pas, comme l'ont pensé à tort quelques historiens, le Condat primitif dont parle en particulier notre poète Ausone, lorsqu'il écrit à son ami Théon : « Hâtes-vous de venir par eau, faites déployer vos voiles, le vent du Médoc vous portera chez moi; et de peur de fatiguer un corps aussi pesant que le vôtre, couchez-vous sur un lit que vous ferez mettre dans le couvert du bateau. Si vous faites diligence, si l'on rame lorsque le vent cessera, une marée vous portera de Domnoton au port de Condat; vous y trouverez une voiture attelée de mulets et bientôt vous arriverez à Lucaniac ». (5éme lettre à Théon.).
Ce Condat dont il est ici question et qui forma plus tard la ville de Libourne, était au confluent même de l'Isle et de la Dordogne et consistait en un port et un bourg habité, disent certains auteurs, par une colonie de Liburniens. Ce qui autorise cette assertion, c'est que le mot Candate, en langue celtique, veut dire confluent ; du reste, dans la paroisse qui porte actuellement le nom de Condat, on ne trouve aucune trace d'un port quelconque.
Notre Condat d'aujourd'hui tire son origine d'un château bâti par Guillaume le Pénitent, duc de Guyenne. Ce château fut appelé dès le début Castrum Condate, ou chastel de Comphuac, à cause de son voisinage avec le Condat des Liburniens, sur lequel, d'ailleurs, il exerça pendant de longues années une réelle suzeraineté. Le fameux prince Noir, fils d'Édouard III, roi d'Angleterre, data plusieurs de ses lettres de château.
Afin de ne pas confondre les deux Condat, on désigna souvent, dans les actes publics de l'époque, le plus ancien sous le nom de Condat-Lès-Libournes. Ce n'est que quand celui-ci devint définitivement Libourne, que le château seul s'appela Condat et, après sa disparition, le nom demeura uniquement au village qui s'était formé peu à peu autour de ses murailles.
II
La Seigneurie de Condat était une des plus importantes de la Guyenne, puisqu'elle comprenait, non seulement la presqu'île dont nous avons parlé, mais encore tout le territoire qui s'étendait jusqu'à la Barbane, petit ruisseau qui prend sa source à Parsac et va se jeter dans l'Isle, à une lieue et demie environ de son embouchure, après avoir arrosé successivement les communes de Montagne, Néac, Lalande et les Billaux. Cette seigneurie appartint très longtemps aux rois d'Angleterre, et nous les voyons donner tour à tour les gros revenus qu'elle produisait, soit à des seigneurs Anglais, soit à des seigneurs Gascons qui leur étaient demeurés fidèles.
Ainsi Édouard III, le 30 juin 135l, assigne les revenus de cette seigneurie à Guillaume Amanieu ; le 20 septembre de la même année, il les fait passer à Bernard Ezin, seigneur d'Albret; le 1er avril 1411, Henry IV, roi d'Angleterre, les concède à Thomas Swinburne; son successeur, Henry V, les transmet, sept ans après, au sieur de la Barde ; après l'expulsion des Anglais, Henry IV les octroie à la jurade de Libourne et celle-ci cède, le 31 juillet 1627, au fameux duc d'Epernon, par acte passé devant Justian, notaire royal, moyennant la somme de 8,704 liv. 19 s. 6 d., le fief de Barbane, se réservant seulement celui de Condat; plus tard, le sieur de Calvimont, baron de Cros, seigneur de Montagne, le sieur Henry-Charles de Foix et de Condate, ainsi que le sieur Montrablan, de Saint-Emilion, furent successivement les fermiers du susdit fief de Barbane.
III
Le château de la seigneurie Condat et Barbane était situé très probablement sur le sol où se trouvent aujourd'hui la maison, le jardin et le vignoble de M. Ragot et la propriété de M. de Seguin. On peut s'en rendre facilement compte, si on observe d'un côté la proéminence centrale du terrain et de l'autre la déclivité prononcée qui l'entoure un peu de partout. Du reste, en fouillant chez M. de Seguin, on a mis a nu, il y a un certain nombre d'années, plusieurs toises de fortes murailles : c’étaient, à n'en pas douter, les fondations primitives du château. L'enceinte murée, dit Guinodie, devait s'étendre depuis le rivage, au couchant et au nord de la maison Ragaud, le long d'un grand chemin, qui n'est plus aujourd'hui qu'une route, jusqu'au canton appelé la Croix ; ensuite, tournant au midi, elle entourait par une chaussée assez élevée le bosquet dit l'Ormière, une partie d'un petit domaine en graves, la chapelle et se prolongeait ainsi jusqu'au couchant vers la rivière.
Quelle était la forme de ce château ? Probablement celle d'une tour carrée, comme on en voit un exemple dans le château de St-Émilion.
Ce château devait avoir bien des charmes et des agréments, car les rois d'Angleterre manquaient rarement de venir y passer quelques jours, toutes les fois qu'ils faisaient un voyage en Guyenne. C’était une sorte de villa de campagne qui leur plaisait extrêmement. Les chroniques de l'époque rapportent qu'Henry III y cuit en 1243; Édouard 1er y vint plusieurs fois; le sénéchal de Guyenne y tint plusieurs fois ses assises, ainsi qu'on peut le voir aux coutumes du ressort du Parlement de Guyenne; le prince Noir et la princesse de Galles, son épouse, y reçurent les rois de Castille et de Majorque en 1367 et leur firent des fêtes splendides.
En 1367, il servit de séjour ou plutôt de prison à l'illustre Du Guesclin, battu à Navarette, non loin de Logrogno, par Pierre le Cruel et le prince Noir. Du Guesclin en conserva rancune; aussi, ayant porté ses armes victorieuses dans les environs de Libourne, en 1377, il ruina en partie le château, témoin de sa captivité.
Richard II le fit réparer en 1394.
Mais, après la bataille de Castillon, les soldats de Charles VII se portèrent sur Condat, et, cette fois, la forteresse féodale disparut pour toujours, sauf 1a chapelle, qui fut agrandie un peu plus tard et qui devint plus que jamais l'objet d'une grande vénération.
IV – Histoire et description de la chapelle – La statue de chêne.
Dans les dépendances du château des ducs de Guyenne et des rois d'Angleterre se trouvait, en effet, une chapelle dédiée à la Très-Sainte Vierge. Elle ne lui était pas tout à fait contiguë ni ne pouvait l'être, dit Guinodie, car les édifices militaires d'alors, bâtis sur un monticule, entourés de fossés profonds, ne supportaient guère sur leurs flancs une construction étrangère à leur destination. La chapelle était donc à une certaine distance en dehors des grandes murailles du château et servait à la fois aux châtelains, aux tenanciers, aux serfs et aux manants des environs.
Cette chapelle parait avoir été construite au XIe siècle, du moins dans la partie la plus ancienne, celle qui va de la porte d'entrée vers le sanctuaire. On peut s'en convaincre aux contreforts peu saillants et à quelques fenêtres à plein cintre qui ont été bouchées. Tout indique à l'origine une construction romane. Avait-elle une voûte en berceau ? Rien ne le laisse présumer. D'habitude même la plupart des églises ou des chapelles de cette époque étaient simplement lambrissé.
Plus petite dès le début, elle fut restaurée et agrandie dans la deuxième moitié du XV siècle, dit M. Piganeau, probablement par les soins et sous les auspices de Charles de Berry, frère de Louis XI, alors gouverneur de Guyenne. Cette restauration et cet agrandissement ne peuvent avoir eu lieu avant la bataille de Castillon : on verrait autrement, dans la chapelle, les armes des rois d'Angleterre, tandis qu'on n'y trouve que des fleurs de lis et des écussons aux armes de France.
Voici la description de ce remarquable monument, telle que nous l'a donnée le savant et consciencieux archéologue dont nous venons de parler. Nous ne faisons qu'y ajouter quelques légers détails.
Disons auparavant qu'aucune travée n'a la même dimension; elles deviennent de plus en plus longues au fur et à mesure qu'elles se rapprochent du sanctuaire. Ainsi la première à 5,15 mètres de long; la deuxième 6,35 mètres; la troisième 6,50 mètres, et la quatrième 7,05 mètres. Ce détail, qu'on remarque dans la plupart des églises et des chapelles du moyen-âge, est admirablement reproduit ici. C'était un calcul voulu par les architectes de l'époque; de cette façon, par un heureux effet d'optique, de la porte d'entrée, toutes les travées paraissaient avoir les mêmes dimensions et la même longueur. Vers le fond, elle est inclinée également du côté du midi, selon l'habitude de l'époque, afin de rappeler Jésus mourant et laissant tomber sa tête sur sa poitrine, du côté du cœur.
La chapelle de Condat est formée d'une seule nef de 31,75 mètres de long sur 7,30 mètres de large. La voûte est divisée en cinq travées par des arcades ogivales en pierre. A chaque travée se croisent et s'entrecroisent des arcatures multipliées aux extrémités. A la dernière travée occidentale, la grande artère s'infléchit comme pour laisser place à un réduit d'escalier calier. C'est un vrai tour de force de combinaisons architecturales et d'équilibre dans cette partie de la voûte. Au point de jonction des nervures, on voit des écussons et des fleurons d'une grande richesse, ainsi que des figures d'anges accouplées et une troupe d'autres figures.
Au sanctuaire est le plus beau des fleurons; c'est un écu aux armes de France, avec fleurs de lis dorées sur fond d'azur; un autre écusson à droite montre un bâton en barre accompagné d'un croissant en chef et une étoile en pointe.
L'arc triomphal est, à la retombée de chaque lobe, orné de festons chargés d'animaux fantastiques, ceux de droite symbolisant les vertus, ceux de gauche symbolisant les vices. Au sommet de l'arc, un ange tient un étendard.
A la seconde travée, la clé de voûte forme un écusson à trois fleurs de lis surmonté d'une couronne ducale et soutenu par deux animaux fantastiques. Un troisième écusson aux armes de France, avec trois fleurs de lys, est soutenu par un ange.
La clé de voûte de la troisième travée, celle du milieu, montre la Vierge assise tenant l'Enfant Jésus sur ses genoux. Cette Vierge est semblable à celle qui est sur un socle à droite du sanctuaire. Tout autour deux banderoles paraissent contenir ou avoir contenu des inscriptions.
Sous la clé de la quatrième travée est un évêque ou archevêque, portant crosse et mître, peut-être l'archevêque de Bordeaux sous lequel la chapelle été reconstruite. Sur les côtés, deux motifs représentant, l'un deux anges adorateurs, l'autre deux personnages qui symbolisent le vice.
A la dernière travée, près de la porte d'entrée, la principale clé de voûte représente un Agnus Dei avec sa croix, deux autres contiennent des inscriptions en écriture cursive qu'il est bien difficile, pour ne pas dire impossible, de déchiffrer.
Parmi les autres sculptures répandues à profusion dans tout l'édifice, on distingue un groupe, Adam et Eve prenant du fruit défendu à l'arbre autour duquel le serpent est enlacé, quatre fleurs de lis bout-à-bout, un buste de fou à oreilles d'âne, un homme buvant à une gourde, des feuillages, une chauve-souris soutenant une console, etc., etc.
Toutes ces sculptures, empreintes de la plus exquise délicatesse, font de la chapelle de Condat un bijou architectural du plus haut intérêt.
Jusqu'à la Révolution, la chapelle de Condat fut en grande vénération, à cause de la petite statue en bois de chêne qui se trouve dans une niche au-dessus du maitre autel.
Cette statue mesure 0,50 mètre de hauteur. La Sainte-Vierge est représentée debout tenant l'Enfant Jésus sur le bras gauche ; celui-ci portant le globe du monde repose ses pieds croisés dans la main droite de sa Mère. L'antique madone est peinte, robe rouge, manteau bleu semé de croix d'or. Ses cheveux noirs retombent tressés sur ses épaules et sur sa poitrine.
On a eu vraiment tort, je ne sais à quelle époque, de la faire peindre et de la polychromée. Pourquoi n'avoir pas respecté ce qui fait le mérite de nos madones miraculeuses, ce qui nous les rend encore plus chères et plus vénérables, à savoir : cette noirceur qui atteste l'antiquité du culte qu'on leur a rendu ?
Essayez de peindre les vierges noires de Chartres, de Fourvières, du Puy, de Verdelais et de tant d'autres sanctuaires; essayez de les rajeunir ainsi, vous amoindrirez immédiatement la piété des fidèles et vous enlèverez à ces statues une grande partie de cette poésie et de ce charme qui s'attachent précisément à leur vétusté.
Cette statue, qui n'était primitivement qu'un tronc de chêne, fut trouvée, dit une pieuse légende dont nous ne voudrions pourtant pas garantir l'absolue authenticité, mais que nous nous plaisons à mentionner avec ce profond respect que méritent la plupart de nos traditions locales, dans les sillons d'un champ sur la paroisse de Saint-Emilion, où elle avait dû être cachée à l'époque des guerres de religion dans le dessein d'éviter un vol ou une profanation.
Reconnue plus tard pour être la madone de Condat, elle fut transportée et rendue au sanctuaire. La Vierge, sans doute peu flattée de cette prosaïque et trop simple restitution, revint dans son sillon une première, puis une seconde fois. Les religieux gardiens du sanctuaire comprirent alors que la statue miraculeuse réclamait plus d'honneurs et une intronisation plus solennelle. Elle fut en conséquence portée en procession et définitivement installée dans son sanctuaire.
Condat devint à partir de cette époque le rendez-vous de pèlerinages plus nombreux que jamais.
Cette vénérable statue fut sauvée en 1793 par un vieillard, du nom de Saboureau, qui la fit emporter, cachée dans le tablier d'une petite fille, Anne Saint-Gaudin, épouse plus tard de François Marchand. Dans la suite, elle passa entre les mains d'un tonnelier, Jean Michelot, et échut finalement, à M. Jules-Pierre Beylot, qui la plaça dans sa chapelle particulière. Celui-ci en fit don en dernier lieu à M. Charriez, alors curé de Libourne. Désireux de rétablir au plus tôt l'ancienne dévotion à Notre-Dame de Condat et ne pouvant sans doute, dans ce but, acquérir la vieille chapelle, ce zélé pasteur en bâtit une nouvelle sur un terrain concédé par la commune, près de la croix, et y déposa la statue miraculeuse pour l'intronisation de laquelle on fit une splendide cérémonie, le 10 mai 1844. Mais tout cela n'était que du provisoire, car la Providence réservait plus d'honneurs et plus de gloire à Notre-Dame de Condat.
Avant d'en parler, disons que dans l'église de Condat, à droite du sanctuaire, sur un gracieux piédestal, il y a une autre statue des plus vénérables et vraiment digne de l'attention, non seulement des pèlerins, mais encore des archéologues.
D'abord elle est en silex; c'est un énorme caillou, creux par derrière, que des mains patientes et habiles ont taillé par devant en forme de madone. Le trône sur lequel elle est assise est en pierre.
Cette madone, comme on en trouve peu certainement de ce genre, mesure 55 centimètres de hauteur. Elle est vêtue d'un costume rappelant le commencement du XVIe siècle et coiffée d'un diadème orné de festons et de pierreries simulés; elle a la chevelure pendante; de chaque côté de sa coiffure tombent des barbes ou bandeaux. Le cou est dégagé, le corsage échancré sur la gorge, un manteau bleu à larges rebords est orné de croix rayonnantes. Elle liant sur ses genoux l'Enfant Jésus qui porte dans ses mains la boule du monde; ce dernier est à moitié enveloppé d'un manteau vert. La chaise ou trône sur lequel est assise la Vierge est orné de moulures et peint couleur marron.
De quelle époque est-elle ? Quel est l'artiste qui l'a sculptée et ciselée ? Nous ne saurions le dire, les documents à ce sujet manquent absolument. Nous sommes heureux néanmoins de raconter son histoire à partir de la grande Révolution. C'est M. Saint-Jean, bisaïeul maternel de Mme veuve Lapeyrolerie, qui, pour la soustraire à toute profanation, l'emporta secrètement et la cacha dans un double mur de sa maison, sise rue Thiers (ancienne rue Saint-Emilion), en face du Tribunal civil (autrefois l'Hôtel de la Monnaie).
Les mauvais jours passés, la famille Saint-Jean tint à garder cette statue pour laquelle elle avait une particulière dévotion à raison de plusieurs grâces importantes qu'elle avait obtenues en la priant. Plus tard, et afin de répondre à la vénération dont elle était de plus en plus l'objet de la part d'une foule de fidèles, ont dût la placer sur un petit trône, au fond du palier d'un escalier toujours ouvert, et on venait un peu de partout porter des bouquets et faire brûler des cierges devant elle. Quand la chapelle de Condat fut rachetée, sur les instances de M. Dubuch et de M. l'abbé Chabannes, la précieuse madone fut gracieusement remise au vénéré pasteur de la paroisse par M. et Mme Lapeyrolerie, qui en étaient devenus, par héritage, les heureux possesseurs.
Durant le séjour de la madone dans les familles Saint-Jean, Micheau et Lapeyrolerie, un échafaudage s'effondra sur elle. C'est ce qui explique le bris d'une de ses mains, d'une partie de sa couronne et d'un bras de l'Enfant Jésus, détails qui ont été habilement réparés par un artiste.
Nous garantissons ces faits après une sérieuse enquête que nous avons tenu à faire.
Ces détails donnés, reprenons notre histoire au point où nous l'avions laissée.
A la grande Révolution, l'ancienne chapelle fut vendue comme bien national et achetée par les Messieurs Piffon, qui la convertirent en cellier, après l'avoir entourée, à l'est, de grands bâtiments, qui englobaient son abside. La justice nous fait un devoir de dire ici que ces Messieurs eurent le bon esprit de la conserver dans son intégrité et de n'y laisser commettre aucune dégradation.
C'est dans cet état que M. et Mme Albert Piola en firent l'acquisition le 8 octobre 1865 et l'offrirent immédiatement à M. l'abbé Chabannes, successeur de M. Charriez. Un ardent désir animait ces généreux donateurs, celui de voir le culte de la madone miraculeuse repris dans le sanctuaire même où elle avait manifesté, pendant de si longs siècles, sa puissance et sa miséricorde et de l'obliger ainsi à devenir plus que jamais la grande protectrice de Libourne et du Libournais. Nous nous rappellerons toujours avec émotion, dit M. Burgade, ces braves et pieux laboureurs des palus de Condat accourant tous à la voix de M. et Mme Piola, et, sans rétribution aucune, s'empressant de dégager des débris, des terres et des ronces ce vénérable monument qui, pendant plus de mille ans, avait entendu les vœux et les prières de leurs ancêtres.
Son Éminence le Cardinal Donnet, archevêque de Bordeaux, procéda à la réouverture de la susdite chapelle, le 27 du même mois. Cette touchante cérémonie, malgré un temps affreux, avait attiré beaucoup de monde.
Aussitôt après cette prise de possession provisoire, on se mit à l'œuvre pour les travaux d'une complète restauration. La reconnaissance nous oblige à citer ici les familles Brisson et Raymond Fontemoing. Par leurs larges offrandes, elles n'ont pas peu contribué à la restauration et à l'embellissement de ce monument, « une des plus gracieuses merveilles qu'ait produites cette époque où l'art ogival allait donner la main à la Renaissance », ainsi que le dit si gracieusement M. E. Piganeau.
Trois ans plus tard, quand les travaux de restauration furent totalement achevés, on fit l'inauguration solennelle de la chapelle. C'était le 8 décembre 1868, en la fête de l'Immaculée Conception. Voici ce que nous lisons à ce sujet dans le journal de M. Chabannes, journal tenu avec cette scrupuleuse et minutieuse exactitude qui dénote le bon Pasteur aimant avec passion les cimes et dévoré du zèle de la maison de Dieu : « MARDI, Fête de l'Immaculée Conception - Le mauvais temps empêche la procession. Chacun se rend à Condat comme il peut. La pluie ayant cessé, le Clergé et la Congrégation partent de la chapelle abandonnée et transportent la statue miraculeuse dans l'ancienne chapelle merveilleusement restaurée par les familles Piola, Fonteoming et Brisson. La foule, au dedans et au dehors, est immense et profondément émue à l'aspect de la statue miraculeuse reprenant son ancien sanctuaire, M. le Curé la replace sur son trône, bénit la chapelle, fait une instruction et donne de justes éloges aux familles qui ont racheté la chapelle, et à celles qui ont conservé religieusement la statue pendant la grande Révolution. Puis il dit la messe et donne la communion à un bon nombre de fidèles. Pendant la messe, cantiques délicieusement exécutés. La fanfare des Écoles Chrétiennes a conduit et reconduit la procession.
A 2h30, vêpres avec affluence énorme. Fête très belle. »
Deux inscriptions sur marbre et placées dans le sanctuaire rappellent et perpétueront à travers les âges le souvenir des faits et des cérémonies dont nous venons de parler.
Sur la première, à gauche, nous lisons ce qui suit : « Notre-Dame de Condat, priez pour les bienfaiteurs de votre sanctuaire. Cette église a été restaurée par les familles Piola, Brisson, Fontemoing et les pieux Libournais. La statue miraculeuse sauvée par les époux Michelleau a été rendue par eux et par leurs enfants à la piété des fidèles. »
Sur la seconde, à droite : « Ce sanctuaire illustré par huit siècles de dévotion, fermé pendant 74 ans, racheté et offert à Son Éminence le Cardinal Donnet, archevêque de Bordeaux, par M. Albert Piola, Chevalier de Saint-Grégoire le Grand, a été rendu au culte à la grande joie des fidèles, le 8 décembre 1868. »
On voyait jadis dans la chapelle de Condat un splendide autel du XVIe siècle surmonté d'un retable en bois sculpté et doré, offrande sans doute de quelque puissant seigneur et œuvre d'un artiste distingué. Guinodie nous en donne la très intéressante description qui suit :
Deux colonnes torses, ornées de guirlandes de fleurs, et de fruits encadraient cet autel; sur leur chapiteau, d'ordre composite, reposait un médaillon en forme de galbe. Dans son milieu, l'artiste avait représenté en relief le buste du Père Eternel, tenant de la main gauche la boule du monde. Au centre du retable régnait une niche pour Notre-Dame-de-Condat; sa voussure était chargée de fleurs et de fruits en relief et d'un travail achevé.
Au-dessous de la base de la niche deux médaillons montraient deux anges en demi-relief, aux visages candides, les ailes déployées, et ployant un genou en terre; leur pose était d'une grâce admirable; on regrettait qu'un peintre grossier les eût coloriés.
Deux autres médaillons plus grands captivaient l'attention : l'un à gauche et l'autre à droite de l'autel. Dans celui-là on reconnaissait l'ange de l'Annonciation : tout était d'une grande beauté chez lui, son visage, ses formes; ses membres étaient arrondis et souples, et, comme s'il n'avait pas assez de ses ailes pour l'approcher de la Vierge, le sculpteur l'avait placé mollement sur des nuées.
Dans celui-ci, c'était la Vierge agenouillée sur un prie-Dieu : son maintien était modeste; elle élevait les yeux vers le ciel et semblait écouter, dans le silence de la prière, l'avertissement de l'ange lui disant que d'elle naîtra le Sauveur du monde. Ces sculptures étaient en demi-relief et en bois de noyer, comme tout l'autel.
Le tout fut vendu en 1820 par MM. Piffon à M. Guiraudeau, curé de Saint-Etienne-de-Lisse, pour la modique somme de 150 francs. Malheureusement on n'a pas su conserver cette œuvre d'art, on l'a remplacée par un autel moderne qui a sans doute sa valeur, mais M. Piganeau se plaint à juste titre d'en avoir vu les débris un peu partout dans l'église de cette paroisse.
Disons un mot maintenant des cérémonies qui s'accomplissaient autrefois dans le sanctuaire de Condat. Le lundi de Pâques, un grand concours de fidèles, venus de tout l'arrondissement et même de Bordeaux, se pressait dans la chapelle beaucoup trop petite pour la circonstance, les prêtres disaient les Évangiles et posaient l'étole sur la tête des pèlerins.
Puis, mais cela n'était pas précisément dans le programme de la fête religieuse, on se livrait à la danse, dit Guinodie, au son du tambour et du fifre, seuls instruments en usage dans les bals champêtres de cette époque et même longtemps après 89. Le jour de l'Annonciation, semblable cérémonie, durant laquelle l'église ne désemplissait pas.
On avait dans tout le pays de Guyenne une grande dévotion à Notre-Dame de Condat et il dût s'opérer par son intercession de nombreux et d'éclatants miracles, car on voyait, comme aujourd'hui à Lourdes et à Verdelais, appendus à ses murs et à ses voûtes des ex-voto de toutes sortes : bras, béquilles, jambes, tableaux et petits navires.
Lors de la peste de 1604, les Libournais, dit l'histoire de l'époque, visiblement gardés par leur puissante protectrice, firent de très riches offrandes à son sanctuaire.
Les marins de Libourne et ceux des différents ports de l'Isle et de la Dordogne ne pouvaient pas rester en arrière sous ce rapport. Eux aussi eurent toujours une confiance sans borne à Notre-Dame de Condat. Échappés au naufrage par son intervention, ils ne manquaient jamais de venir la remercier dans son sanctuaire. Guinodie rapporte à ce sujet un vœu accompli, en 1735, par des matelots libournais :
« Ils étaient au nombre de dix-sept, avant leurs patrons ou capitaines à leur teste; ils partirent de l'église du Couvent des Récollets, le 15 février, nues testes, la corde au col, tenant un cierge à la main, précédés de la Croix et d'un prestre, chantant les litanies de la Saincte-Vierge. Rendus à la chapelle de Condat, ils y entendirent la saincte messe, y communièrent et revinrent dans le même ordre. Puis, dès le jour mesme, vestus comme à l'ordinaire, mais ne vivant que de pain et d'eau, ils partirent pour Verdelays, oû ils consommèrent le voeu et revinrent à Libourne avec la mesme dévotion et abstinence. A leur retour, tout le monde leur achetoit des chapelets, touchoit leurs habits et les regardoit comme des saincts; mais deux d'entre eux étaient morts à Verdelays, c'est à savoir : Jean Bonalgue et Pierre Feytit. »
Dans le sanctuaire, de chaque côté de l'arceau, se trouve un navire renfermé sous globe. Celui de droite est en ivoire sculpté, d'un grand prix (don inconnu). A la sacristie, on voit trois ex-voto. Le premier peint sur toile, représente, au sommet du tableau, la Vierge de Condat, au bas, une religieuse étendue dans un lit, puis deux autres religieuses en prières. Inscription : Ex-voto fait par Mme Th. Elisabeth Yon, le 20 avril 1844.
Deuxième ex-voto : Toile peinte représentant la Vierge de Condat dans les nuages, une jeune malade dans son lit, une femme pieuse qui prie les yeux fixés sur la bonne madone. (Aucune date.)
Troisième ex-voto : Gravure représentant Notre-Dame de Condat, un navire en danger sur la mer en furie, avec cette inscription : Et faix voto. Vœu fait par le capitaine Jean Perrin et son et équipage à bord du brick le «Saint-Mathieu », de Libourne, 1788.
Quatrième ex-voto (à la cure) : Peinture sur toile, vierge dans les nuages, tempête, navire en détresse et cette inscription : Ex-voto. Vœu fait par capitaine Jacques Renier et son équipage dans le surfide de Saint-Pardon, le 28 février 1788.
Beaucoup de ces ex-voto ont malheureusement disparu.
L'église est encore ornée de onze vitraux représentant la vie de la Sainte-Vierge. Celui du fond du sanctuaire reproduit exactement la madone de la niche qui est-au-dessus du tabernacle. Ils sont modernes et n'ont que le mérite d'avoir été bien soignés par leur auteur, M. Dagrant. Le premier, à gauche en entrent, est signé Villiers, 1874. Tous les autres ont été faits à Paris et sont signés Lusson-Lefèvre, 1876.
Il en est autrement des fleurs de lis du dallage du sanctuaire : elles sont du XVe siècle et on admire la finesse de leur découpure. Ce sont les mêmes qui ont été retrouvées peintes en rouge sur la voûte de l'abside.
V – Les chapelains – La fontaine.
Quels furent les chapelains qui desservirent Condat, soit avant, soit après la Révolution ?
Depuis le XIIIe siècle jusqu'à l'expulsion des Anglais, le service de la chapelle de Condat fut fait par un Cordelier du couvent dont on voit encore les restes à l'encoignure des rues J.-J.-Rousseau et de l'Union.
En 1287, le chapelain s'appelle le père Brun ; c'est à sa prière, disent les chroniques d'alors, que Édouard Ier, fondateur du susdit couvent, accorda à la ville de Libourne le droit de bâtir un collège en 1289.
Immédiatement après la conquête de la Guienne par Charles VII, ce furent les curés de Libourne qui vinrent faire les offices à Condat.
Cela dura ainsi jusqu'à 1653, où les Récollets de la rue Saint-Eutrope vinrent, avec l'autorisation de Louis XIV, s'emparer du presbytère que M. Minard, curé de Libourne, avait naguère construit pour la desservance de la chapelle.
Furieux de cette spoliation, les membres de la jurade libournaise firent venir les capucins et les installèrent dans le presbytère de Condat. Mais forts de l'appui de celui qui avait dit : « L'État, c'est moi, » les Récollets obtinrent trois arrêts du conseil d'État en date des 12 mars, 9 mai et 24 juillet 1661, et les Capucins furent obligés de leur céder la place.
M. Arnaud Chaperon maire, et M. Lasaphe, jurat, faillirent payer cher leur dévouement aux Capucins qu'ils avaient fait revenir à Libourne, malgré l'injonction du Parlement qui les en avait expulsés. Une prise de corps avait été décrétée contre eux. Ce n'est que grâce à l'intervention de Mgr Louis de Béthune, archevêque de Bordeaux, qu'ils parvinrent à apaiser 1a colère du roi. En même temps, un nouvel arrêt du conseil d'État renouvela aux Capucins la défense de s'établir jamais à Libourne.
Après la Révolution, les premiers desservants de Condat furent les membres du clergé de la paroisse de Saint-Jean; puis vinrent MM. Lugan, de 1869 à avril 1872; Egreteau, du 24 mai 1872 au 1er mars 1891; Thiard, du 5 avril 1891 au 15 août 1892.
M. l'abbé Boursier, qui lui succéda, poursuivit avec autant de succès que d'intelligence la double œuvre de ses prédécesseurs, à savoir : l'embellissement de la chapelle et l'extension du pèlerinage. C'est lui qui fit exécuter ces peintures d'un goût si heureux, qui achèvent de faire, de la chapelle de Condat un véritable bijou d'art.
Après M. Boursier; vint M. Arné, à la fin de 1907. Mais une mort prématurée interrompit, le 31 mai 1908, son apostolat, qui fut d'ailleurs très apprécié.
A. M. de Villechenoux, son successeur, et qui occupa le poste pendant 18 ans, de 1908 à 1926, revient le grand mérite d'avoir su trouver dans la générosité de Mme la Comtesse de Kermartin un moyen de remédier au vol légal, qui, lors de la séparation de l'Église et de l'État, avait dépouillé la paroisse de Condat de son presbytère - édifié pourtant avec les dons des Condatais -. Le geste de cette admirable chrétienne; continué après sa mort par les familles Saint-Genis et Alibert, permet d'assurer à Condat la présence d'un prêtre gardien du précieux sanctuaire et qui plus est, de donner à tout un quartier de Libourne situé en dehors de l'agglomération urbaine, avec les bienfaits du ministère sacerdotal, le privilège de la personnalité paroissiale.
A toutes ces bonnes volontés du passé et du présent, comme aussi à l'excellente et dévouée famille Gaucher-Piola, va toute l'estime et la reconnaissance, non seulement des habitants de Condatais ou de Libourne, mais encore du diocèse lui-même.
La Chapelle de Condat ainsi environnée aujourd’hui d'un splendide presbytère, d'un petit vignoble, d'une prairie et d'un jardin d'agrément, était jadis, au centre même d'un cimetière; on y découvrit, il y a quelques années, d'assez nombreux ossements et présentement encore, sur le mur du côté nord, on peut lire, gravés à la pointe du couteau, des inscriptions et les noms de personnes décédées.
Non loin de la chapelle se trouve aussi une fontaine dite Fontaine de la Vierge. Nous tenons à la mentionner, car les jeunes filles y jettent des épingles, comme on le fait dans celle de Sainte-Eustelle, à Saintes. Si ces épingles se croisent, elles se marieront, prétendent-elles, dans le courant de l'année. Pratique superstitieuse, direz-vous : oui sans doute, mais qui ne fait de mal à personne et qui est plutôt risible que blâmable.
L'eau de cette fontaine possède, parait-il, des propriétés curatives pour les maladies des yeux. Plusieurs personnes de la cité et des environs en auraient par expérience constaté les effets bienfaisants. Mais nous laissons à nos chers et éminents docteurs de Libourne le soin de trancher une question sur laquelle nous avouons notre complète incompétence.
Disons en terminant que si Marseille a pour la protéger Notre-Dame de la Garde, Lyon Notre-Dame de Fourvière et Bordeaux Notre-Dame de Talence, Libourne se glorifie et se réjoui d'avoir Notre-Dame de Condat. Le passé et le présent sont là pour justifier cette joie et cette fierté : ajoutons que l'avenir, avec de nouvelles bénédictions et d'autres miracles, rendra ces deux sentiments encore plus légitimes et les enracinera davantage au plus intime de nos cœurs.
Notre-Dame de Condat de nos jours...























